Voyage à Tombouctou: Ce que notre envoyé spécial a vu et entendu

Le centre de formation aux nouvelles technologies « SankoréLabs », en partenariat avec la communauté des blogueurs du Mali (« Doniblog ») et l’ONG « Lecture Vivante », a organisé la 1ère édition de son « Café Numérique ». Une activité qui consiste à enseigner à une quarantaine de jeunes les rudiments du métier de bloggeur. Le Café s’est tenu à Tombouctou le 22 juillet 2017. Notre directeur de publication, Abdoulaye Guindo, s’y est rendu en qualité de président de « Doniblog » et de formateur.

Pour rallier la ville de Tombouctou, la Mission Intégrée des Nations Unis pour la Stabilisation du Mali (MINUSMA) a eu la gentillesse de nous transporter à bord de l’un de ses avions. Vendredi 21 juillet, nous embarquons à 12 h 45 pour Tombouctou après avoir rempli les formalités d’usage à l’aéroport de Bamako-Sénou. Dans le petit avion de 50 places, nous sommes flanqués de casques bleus en uniforme  qui rejoignent leur poste. Un Bukinabè de la MINUSMA est mon voisin de siège. Un militaire peu porté à la discussion. Après une heure et demie de vol, l’avion se pose sur le tarmac de l’aéroport de Tombouctou à 14h 16. Je suis  frappé par l’impressionnant dispositif sécuritaire. Des soldats de la MINUSMA (principalement des Burkinabè) et de la force française Barkhane tiennent l’aéroport d’une main de fer. Un soleil cuisant me frappe au visage. Après avoir récupéré nos bagages, nous prenons la route du centre-ville. Nous nous soumettons,  comme tout visiteur  qui entre dans Tombouctou, à un contrôle d’identité effectué par les soldats Burkinabé de la MINUSMA, qui tiennent le check-point situé entre l’aéroport et l’entrée de la ville. Arrivés en ville, nous prenons possession des chambres que nous a réservées le « SankoréLabs » dans un bâtiment loué par lui au quartier Badjiné. Nous dormons sur des banquettes de mousse, l’oeil distrait par les jolis tapis colorés fixés aux murs.

Comment devenir blogueur

Samedi 22 juillet au matin: visite guidée de la Cité mystérieuse. A 16 h, nous nous retrouvons sur   les dunes de sable pour échanger du thème du Café numérique: « Comment devenir bloggeur ? « . Je partage avec les jeunes gens venus m’écouter mon expérience de blogueur. En somme, je leur fais savoir qu’on ne crée pas un blog pour faire de l’argent, mais pour qu’il soit lu. Un lecteur ne revient sur le blog que s’il est convaincu de la qualité du contenu. Il existe actuellement des millions de blogs sur Internet et tous les jours, des milliers d’autres voient le jour. Mais seule une infime minorité deviendra populaire, la très grande majorité passant totalement inaperçue. Les blogs à succès résolvent un problème ou répondent à un besoin. Le succès commence donc toujours par l’attention que vous accordez aux préoccupations de vos lecteurs. Par exemple, sur Tombouctou, la mystérieuse, la cité des 333 saints,  la ville d’Ahmed Baba, il y a matière à remplir de multiples blogs.

Tombouctou la mystérieuse

J’ai pu me promener à Tombouctou. La capitale de la 6ème région administrative du Mali  est célèbre pour ses monuments à l’architecture originale. Essentiellement des mosquées et des mausolées qui entretiennent le souvenir d’hommes pieux et savants et qui valent à la ville son surnom de « Cité des 333 saints ». Pas de marbre ni de pierre dans les rues: Tombouctou est une cité de terre crue (ou banco).Très fragiles, les monuments sont, chaque année, à une date précise, consolidés par les habitants sous la direction de l’imam. On peut voir sur les parois des mosquées les bouts de bois permettant d’accéder aux parois lors de ces journées au rôle à la fois religieux, patrimonial et social.En 1988, la ville a été classée sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. La décision de la faire passer sur la liste du « patrimoine mondial en péril » a provoqué la colère des envahisseurs islamistes qui ont entrepris de détruire les monuments et manuscrits en prétextant de leur caractère polythéiste. Les principaux monuments de Tombouctou

– la mosquée de Djinguereyber: Voulue par l’empereur Kankou Moussa, de retour de pèlerinage à la Mecque, elle fut construite en 1325 par Abu Ishaq es-Sahéli, architecte originaire de Grenade qui aurait reçu 200 kg d’or pour ce travail ! Elle comporte 25 lignes de piliers et peut accueillir 10 000 fidèles.

-la mosquée de Sankoré: Construite selon la volonté d’une femme au XVe siècle, elle fut un important centre universitaire.

– la mosquée Sidi Yaya: Édifiée en 1400 dans l’attente d’un saint qui se présentera finalement 40 ans plus tard sous les traits de Sidi Yaya, elle comportait une porte sacrée qui ne devait être ouverte qu’à la fin des temps, sous peine de malheur. Cette porte a été brisée par l’occupant terroriste en 2012.

– de nombreux mausolées : Les plus célèbres, ceux de Sidi Yaya et de Sidi Mahmoud, ont été détruits en juin 2012. 16 de ces mausolées ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

– les manuscrits : 100 000 manuscrits, dont certains du XIIe siècle, sont conservés à Tombouctou dans le Centre de documentation  Ahmed Baba, fondé en 1970, mais aussi au sein des familles.

Climat de fatalisme

A Tombouctou, la population vaque à ses occupations. Un grand fatalisme habite les citoyens qui pensent que les terroristes ne s’en prennent pas délibérément aux civils. « Tous les civils tués dans des attaques sont des victimes collatérales ou encore des personnes suspectées de collaboration avec les forces MINUMA ou Barkhane », nous confie un résident. Notre interlocuteur se dit certain que la ville abrite des taupes qui savent tout et qui rendent compte à leurs chefs terroristes dans le désert. Il nous informe que par peur des représailles, les jeunes chômeurs de Tombouctou se gardent de répondre aux  offres d’emplois publiées par les forces internationales. D’ailleurs, pendant mon séjour, j’ai vu une expédition française fouiller tout un quartier, à la recherche de terroristes cachés. Des drones de Barkhane sillonnent sans cesse le ciel de la ville; ils ne sont pas armés.

La plupart des Tombouctiens prient le vendredi à la mosquée Djingareyber, la plus grande de la ville. Les boutiques sont généralement tenues par des Arabes qui vendent des produits de qualité venus d’Algérie et de Mauritanie. Les bars sont fermés suite à leur saccage par une association de jeunes qui dit se battre pour le rayonnement islamique de la ville. La nuit, seuls quelques jeunes gens flânent dans les rues.Le quartier le plus aisé est aussi le plus dangereux; il s’appelle Abaradjou: c’est là que se produisent la plupart des attentats terroristes.

Abdoulaye Guindo

 

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