Référendum: Les grandes dates d’un bras de fer

Suite à une rencontre avec le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, samedi 12 août, les leaders religieux et les notabilités traditionnelles du Mali lui ont officiellement demandé de surseoir au référendum constitutionnel. Cette demande intervient quatre jours après un ultimatum adressé au chef de l’Etat par la Plateforme des opposants au référendum. Selon beaucoup d’observateurs, le retrait du projet de révision n’est plus qu’une question d’heures. Retour sur les grandes dates d’un bras de fer qui pourrait bientôt prendre fin.

Jeudi 8 juin 2017 : Première marche du mouvement  » Trop C’est Trop « . La protestation de ce petit groupe informel contre le projet de révision constitutionnelle débute au lendemain de la convocation du collège électoral pour le référendum du 9 juillet 2017. Le ton mouvement  » Trop C’est Trop » décide d’organiser une marche contre cette révision. Raisons évoquées : les conditions sécuritaires ne sont pas réunies pour aller à un référendum.  Ainsi, le jeudi 8 juin 2017, rendez-vous est pris devant la Bourse du travail pour une marche sur la primature. Face au nombre peu élevé des marcheurs, la police les bloque dans les locaux de la Bourse. Voulant forcer le dispositif policier pour commencer la marche, les manifestants sont matés.

Samedi 10 juin 2017: Seconde marche de  » Trop C’est Trop ». Loin de se décourager, le mouvement tente une seconde marche le 10 juin 2017. Cette seconde tentative est dispersée par les forces de l’ordre.

Samedi 17 juin : première marche de la Plateforme « Ante Abana ». 100 associations et 40 partis politiques opposés à la révision se mettent ensemble pour créer la plateforme  » Antè ! A bana » dont le mouvement « Trop C’est trop » est le précurseur. Madame Sy Kadiatou Sow, ex-ministre, prend la tête de la Plateforme; elle est choisie pour son expérience politique. Samedi 17 juin, la Plateforme organise une grande marche d’avertissement qui mobilise des milliers de manifestants. Elle exige un retrait pur et simple du projet de révision constitutionnelle.

Samedi 1er juillet 2017: Après sa première marche, la Plateforme tient un meeting au moment même où se déroule à Koulouba le sommet du G5 Sahel.

Samedi 15 juillet 2017: 2ème marche de la Plateforme. La marche a lieu simultanément à  Bamako et dans plusieurs autres localités pour inviter le président IBK à retirer purement et simplement le projet de révision. Cette marche réunit aussi des milliers de personnes. A Bamako, elle part  de la Place de la Liberté à la Bourse du travail en passant par la Place de l’Indépendance. La marche qui se déroule sans incident, encadrée par les forces de l’ordre. On peut lire sur les banderoles : « Touche pas à ma constitution « , « IBK, respectez le peuple »,  » Non au bricolage de la constitution de 1992″. Les marcheurs scandent: « IBK, carton rouge « , « Non à la Constitution extérieure ».

Mercredi 2 août 2017. Le 2 août , jour de retour au Mali du chroniqueur politique Ras Bath, porte-parole de la Plateforme, un meeting est tenu devant la Bourse du Travail. Des milliers de partisans du chroniqueur, après l’accueil à l’aéroport de Sénou, convergent vers la Bourse du travail avec leur champion. Lors de ce meeting, il est demandé une fois de plus à IBK de retirer le projet qu’il a envoyé en seconde lecture au parlement. Au cours du meeting, les manifestants scandent des slogans aux allures d’ultimatum comme : « La prochaine marche se fera sur l’assemblée nationale » ou « retire le projet ou on te retire ».

7 août 2017 : Lors de son Assemblée générale du 7 août 2017, la Plateforme « An Tè A Banna -Touche pas ma Constitution » décide d’exiger du Président, le retrait pur et simple de son projet de révision au plus tard le mardi 15 août 2017 à minuit. Dans une lettre ouverte au président de la République, la Plateforme lance un ultimatum. Elle donne jusqu’au 15 août 2017 au président IBK pour retirer purement et simplement le projet de révision constitutionnelle. Les responsables de la Plateforme ont recours à cet ultimatum car ils craignent que le pouvoir ne les gagne à l’usure car ils ne peuvent indéfiniment maintenir mobilisés leurs militants. Ils veulent donc en découdre, une bonne fois pour toutes, avec les autorités.

Pour défendre le maintien du projet de révision constitutionnelle, le président de la République accorde une interview à l’ORTM le mardi 8 août. Dans cet entretien diffusé en français et en langue nationale bamanan, il réaffirmé sa volonté de voir le processus de révision aller à son terme. Il dira avoir engagé des consultations pour trouver un consensus mais souligne le droit de chaque Mali à voter librement pour ou contre la révision.

Samedi 12 août 2017: Dans la soirée, les leaders religieux et notabilités traditionnelles sont reçus en audience à Koulouba. Ils demandent au président IBK de sursoir au référendum pour mener une large consultation nationale sur la question. Ils vont jusqu’à rappeler que ce serait une manière d’être en phase avec les directives de l’UEMOA qui interdisent le référendum à moins d’un an d’une élection présidentielle. Le communiqué des leaders religieux et traditionnels fait l’objet d’une diffusion rapide sur l’ORTM.

Le même jour, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) fait la même demande. Lors d’un point presse animé à Bamako par Bilal Ag Chérif, la Coordination demande de sursoir au projet de révision qui, pour elle, ne prend pas en compte l’Accord pour la paix et la réconciliation issue du processus d’Alger.

Abdoulaye Guindo

Catégories : MALI,POLITIQUE

Étiquettes : ,,

Les commentaires ne sont plus acceptés.