POURQUOI LES MILICIENS « PRO-MALI » TRAHISSENT L’ETAT

Que le GATIA puisse trahir les intérêts du Mali suscite, dans l’abord, le scepticisme du Malien ordinaire habitué à voir dans ce groupe le bras secrètement armé de l’Etat. Mais devant les faits, le sage s’incline : le méchoui offert, à Kidal, aux troupes du GATIA et la déclaration publiée, le 6 février, par la CMA et la Plateforme (qui inclut le GATIA) apportent la preuve aveuglante que ces groupes armés s’entendent désormais pour gouverner le septentrion malien sans l’Etat. Quel serait, pour ses auteurs, l’intérêt de cette paix séparée qui rappelle celle conclue, en 1978 à Camp David, par l’Egyptien Sadate avec Israël sur le dos des Arabes ? Nous osons, pour notre part, les postulat suivants:

 
* Le GATIA, en majorité constitué de Touaregs Imghads, et la CMA, majoritairement constituée de Touaregs Ifoghas et Idnane, sont tous deux animés et dirigés par des Touaregs originaires de Kidal. Certes, les Ifoghas tiennent les Imghads pour des vassaux, mais leur rapprochement pourrait tendre à unifier leur combat pour la défense de la cause politico-ethnique touarègue, vieux ciment de toutes les révoltes armées dans l' »Azawad », leur terroir commun. Ce rapprochement peut, au reste, avoir été dicté par la France qui, dans l’optique d’un désengagement de ses troupes du Mali, voudrait consolider la position de ses amis de la CMA en les incitant à faire avec le GATIA un front commun face à l’Etat du Mali;
* Ceux qui voient dans le GATIA une force loyaliste oublient que nombre de ses dirigeants sont issus du MUJAO, ce groupe « jihadiste » qui, au prix d’atrocités sans nom, régna sur Gao en 2012: faut-il vouer une absolue confiance à des terroristes reconvertis en miliciens après avoir été dispersés par l’opération Serval ?
* Le GATIA, malgré son discours loyaliste et sa puissance militaire, n’a jamais récupéré et restitué au Mali le moindre territoire; il n’a d’ailleurs jamais annoncé qu’il envisageait d’arracher Kidal des mains de la CMA et de restituer la ville au Mali. En négociant avec la CMA un droit de cité à Kidal et même le privilège d’être associé à la gestion de la ville, les Imghads qui pilotent le GATIA auront atteint un objectif crucial que même les accords d’Alger ne peuvent les garantir, l’Etat malien ayant l’habitude de sacrifier ses partisans au profit des rebelles comme cela est déjà arrivé avec le Ganda Koy;
* Un grand nombre de trafiquants d’armes et de drogue siègent au GATIA: voyant que le processus de paix s’enlise, ils ont pu passer avec la CMA un compromis aux termes duquel ils seraient autorisés par celle-ci à vaquer librement à leurs trafics dans le nord et, en retour, s’engageraient à ne plus entraver les actions politico-militaires de la CMA contre l’Etat malien.
* Enfin, quiconque a lu Machiavel sait tout le danger qu’il y a pour un Etat à sous-traiter sa défense à des mercenaires: habitués, telle la chèvre de Monsieur Séguin, au grand air et à la liberté, les hommes du GATIA n’ont pas forcément envie de se retrouver cantonnés, désarmés et réduits à l’état de simples soldats taillables et corvéables à merci.

 
Dans cette affaire, la plus grave menace ne réside pas dans la trahison du GATIA, mais plutôt dans le ralliement à la CMA de l’ensemble de la Plateforme (milices d’autodéfense sonrhai, arabes, peulhes, etc.). Or, c’est bien cette évolution que l’on constate à travers la présence, à Kidal, non seulement du GATIA, mais aussi de la Plateforme. Nourrirait-on, là-dessus, des doutes qu’ils seraient aussitôt levés par ces propos proférés par Firhoun Maiga, représentant de la Plateforme, lors du débat tenu samedi 6 février 2016 sur Energie TV: « La Plateforme s’est rendue avec armes et bagages à Kidal; il ne lui appartient pas de faire de la place àl’Etat: si l’Etat veut venir à Kidal, qu’il vienne ! C’est à lui d’en décider et il a, pour cela, un président, un Premier Ministre et un gouvernement! ».
Pourquoi la Plateforme lâcherait-elle l’Etat ? Deux hypothèses sont envisageables.
La première consisterait à faire pression sur l’Etat, taxé d’indolence, pour qu’il accélère la mise en oeuvre des accords d’Alger, notamment en ses volets liés au partage du gâteau gouvernemental et militaro-administratif.
Quant à la seconde hypothèse, de loin plus préjudiciable à l’Etat, elle marquerait la volonté de la Plateforme de chercher auprès des groupes rebelles et de leurs amis occidentaux ce qu’elle ne peut obtenir de l’Etat: gouverner directement le nord, à l’exception des zones revendiquées par la CMA et des passages hantés par les trafiquants. Ce scénario ne déplairait guère à la CMA qui, dans le cadre des accords d’Alger, ne saurait comment élire ses candidats contre ceux d’une Plateforme ultra-majoritaire au nord.
L’Etat doit siffler au plus tôt la fin de la récréation. Il nous paraît encore possible de retirer de l’accord tripartite la Plateforme, le seul des trois groupes à posséder une assise populaire. Le seul qui soit mû par des intérêts autres que matériels.

Catégories : MALI,POLITIQUE

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