L’ex- coupeur de mains de Gao devant les assises: « Je suis jugé car je ne suis pas Touareg! »

La cour d’assises  avait au rôle du vendredi 18 août l’affaire Ministère public contre Aliou Mahamane Touré, ancien commissaire islamique de Gao au moment de l’occupation terroriste. L’audience était présidée par  Lassine Samaké, conseiller à la Cour d’appel de Bamako. Le banc du ministère public était occupé par Amadou Sogoba.

Arrêt de renvoi

Après l’installation de la Cour composée de 3 juges et de 4 assesseurs, la greffière procède à la lecture de l’arrêt de renvoi. Il ressort de ce document d’accusation que pendant l’occupation des régions du nord du Mali par les groupes terroristes en 2012, Aliou Mahamane Touré se fait recruter par le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO). Après avoir appris à manier les armes, il est doté d’un pistolet-mitrailleur à crosse rabattable et d’un pistolet automatique de calibre 7mm. Exécutant fidèle des ordres du MUJAO, Touré se fait vite remarquer par sa hiérarchie. Il est  nommé commissaire islamique de Gao.En cette qualité, il fait subir aux populations de nombreuses atrocités. Durant toute l’occupation, Touré anime le commissariat islamique de Gao. Il fait arrêter et conduire devant le juge islamique toute personne qui enfreint la « Charia ». Il est aussi chargé d’exécuter les décisions du juge islamique à tavers  des flagellations ou des amputations. Son salaire provient de la « Ganina » (butin de guerre). Après la libération des régions occupées par l’opération française « Serval », les terroristes disparaissent dans la nature. Le 23 décembre 2013, Touré est appréhendé par les éléments de la compagnie Méhariste de la garde nationale. Il est conduit à la gendarmerie de Gao puis présenté au parquet de la commune 3 du District de Bamako. A toutes les étapes de l’instruction, il nie les faits reprochés.

Débats à la barre

A la question du président de séance de savoir s’il reconnaît les faits, Aliou Mahamane Touré répond par non. Il dit s’être affilié au MUJAO pour combattre le MNLA qui tracassait les populations de Gao, sa ville natale.Il reconnaît avoir fait appliquer la « charia » (loi islamique). Cependant, l’accusé nie avoir commis des actes matériels d’amputation. Selon lui, après la prise de Gao par le MNLA, les combattants de ce groupe séparatiste s’adonnaient à toutes sortes d’exactions contre les habitants. C’est ainsi  que lui-même a décidé de prendre part au concours de recrutement d’un commissaire lancé par  le MUJAO, un groupe islamiste. Il sera retenu sur 15 candidats. Après avoir été recruté comme commissaire, il reçoit la mission de sécuriser la population. Il cite plusieurs exemples d’actes de bravoure posés par lui en faveur de ses « frères » de Gao. L’accusé dit ne pas comprendre pourquoi son chef hiérarchique du nom Yoro, qui avait été arrêté comme lui mais a été libéré . « Je suis donc à la barre parce que je ne suis pas Touareg! », s’exclame-t-il.

Certains propos de Touré seront confirmés par les victimes lors de leurs dépositions à la barre. Elles reconnaissent qu’aux premiers mois de sa fonction de commissaire, Touré portait secours aux populations contre les bandits du MNLA. Mais plus tard, ajoutent-elles, Touré ddeviendra le bourreau des populations.  Une victime affirme que c’est bien Touré qui lui a coupé la main et le pied.

Le ministère public, dans son réquisitoire, demandé que Touré soit retenu dans les liens de l’accusation pour crimes d’atteinte à la sûreté de l’Etat, d’association de malfaiteurs, de détention d’armes de guerre, de coups et blessures. L’avocat des victimes, Me Moctar Mariko, président de l’AMDH, demandera la condamnation de l’accusé pour les actes de barbarie  commis sur des civils. Quant à Me  Tièssolo Konaré, avocat de l’accusé, il estime que Touré n’est coupable de rien. Pour lui, Touré n’est qu’une victime collatérale de l’abandon des régions nord par l’Etat. De plus, aux dires de l’avocat,  l’accusé n’est pas responsable des amputations reprochées. Enfin, l’avocat exige l’acquittement de Touré au motif que ceux sous les ordres desquels il servait ont été relâchés après la signature de l’Accord de paix.

Verdict

La Cour condamne ouré à 10 ans de prison ferme et 46,5 millions de dommages et intérêts à repartir entre 4 victimes. La victime amputée de la main recevra 20 millions, la victime amputée du pied 20 millions, le commerçant dont le magasin a été pillé 3,5 millions et le directeur d’une radio de Gao 3 millions de FCFA.

Abdoulaye Guindo

 

 

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