Ladji Bourama, le vrai candidat de l’ADEMA

L’ADEMA est le seul parti politique malien qui ne porte pas le nom de son chef. On ne dit pas, par exemple, « ADEMA, le parti d’Untel ». C’est une grande qualité en ce que la démocratie règne au sein du parti. Mais c’est aussi une grande faiblesse puisque dans le parti, tout le monde se prend pour un chef. Vous aurez beau écarquiller les yeux, vous ne verrez aucune poule dans la basse-cour: rien que des coqs, et quiels coqs! Des coqs à la crête royale qui caquettent et plastronnent comme des éléphants! Et comme tout coq  qui se respecte, aucun de nos chefs et cheffaillons locaux ne demande à personne la permission d’aller et venir dans son gîte. C’est pourquoi, pour un rien ou pour un non, les leaders ADEMA quittent le parti avec fracas avant d’y revenir comme dans un moulin. A preuve, le président du parti lui-même, Tiémoko Sangaré, est un migrant de première classe qui, aux heures glorieuses du MIRIA, a rejoint cette formation puis est revenu sur ses pas sous le coup de la faim et de la soif.

Le mot est lâché: à l’ADEMA, la seule profession de foi qui vaille, c’est la marmite. Tout ce qui se décide a pour unique but et pour unique effet d’entretenir le solide appétit de la Ruche et de ses augustes occupants (les Ruchers). Le sachant, les locataires successifs de Koulouba distribuent à ces derniers de juteux ministères où l’on boit et mange à souhait. Sous Alpha Oumar Konaré, ce fut le cas pendant une décennie. Sous le « Vieux Commando », même douce musique pendant dix ans. La donne a, semble-t-il, un peu changé sous Ladji Bourama. Ce dernier, qui préfère entendre de beaux poèmes que des bourdonnements de faim, a limité l’accès de la mangeoire à ses seuls amis personnels au  sein de la Ruche. Quelques ministères clés, certes; mais pas de grandes directions nationales ni d’ambassades fastueuses. Bref, le banquet de l’universel promis par Ladji s’avère plutôt restreint. Résultat: la faim, donc la colère, grandit vite dans le parti-marmite. Ainsi, réuni en conférence nationale, l’instance suprême entre deux congrès, l’ADEMA décide de punir Ladji Bourama en présentant son propre candidat en 2018. En principe, le Comité exécutif (C.E) n’a pas le pouvoir de reformer cette résolution de la conférence; il doit tout bonnement l’exécuter. Mais les choses ne sont jamais simples dans une formation où militants et responsables se disputent quotidiennement à coups de fourchettes, de louches et de cuillères. Aussi le C.E convoque-t-il, samedi 22 juillet 2017, une réunion extraordinaire que d’aucuns ont appelée « retraite ». J’aime bien ce mot: il rappelle un marabout qui s’isole pour examiner son avenir alimentaire… Présidée par Tiémoko Sangaré, président du parti et ministre des Mines, la rencontre planche sur un rapport présenté par Moustapha Dicko, membre du C.E et non moins conseiller de Ladji Bourama. Lors de débats houleux où les partisans d’une candidature externe au parti (entendez celle de Ladji Bourama) font beaucoup de bruit, le C.E prend une décision à double détente:

* le parti présentera à la présidentielle de 2018 un « candidat consensuel »;

* faute de « candidat consensuel », le parti s’alliera à un ensemble de « partis de gauche » qui s’entendront sur un candidat commun à la présidentielle.

A lire entre les lignes, on constate que l’ADEMA jette ses propres textes dans le puits. La conférence nationale ayant autorité sur le Comité exécutif, celui-ci n’aurait jamais pu légalement modifier l’ordre donné par la conférence d’engager le a sélection de candidats issus des rangs du parti. Par conséquent, en parlant de « candidat consensuel » ou de candidat commun d’un ensemble de gauche, le Comité exécutif modifie la résolution de la conférence, ce qui, en en clair, s’assimile à un coup d’Etat au sein du parti. Mais passons…

Dans un parti où, je le disais tantôt, chacun se prend pour un chef, il est fort aisé de prévoir qu’aucun « candidat consensuel » ne se dégagera. Le consensus est  d’autant plus exclu que les partisans de Ladji Bourama, qui occupent actuellement des ministères, s’opposeront à toute entente générale sur un candidat interne du parti. On se dirigera alors vers l’hypothèse d’un candidat commun du bloc de gauche évoqué par le C.E. Je me suis amusé à demander à des responsables de l’ADEMA ce que signifient « partis de gauche ». On m’a répondu  que parmi ces partis  figurent le PARENA de Tiébilé Dramé, la CNAS de Soumana Sacko et, bien sûr, le RPM de Ladji Bourama. En somme, le candidat consensuel que l’ADEMA n’aura pas pu trouver seul devra sortir d’un groupe improbable constitué par l’ADEMA, le PARENA, la CNAS et le RPM. L’affaire tourne au cirque, n’est-ce pas? Mais jouons au cirque pour voir…

Tiébilé Dramé et Soumana Sacko partagent peut-être avec l’ADEMA des valeurs de gauche; mais ces deux opposants, qui n’ont plus géré un budget étatique depuis une éternité, n’ont aucune chance d’obtenir l’investiture de l’ADEMA pour Koulouba en 2018. Cette histoire de « partis de gauche » n’est qu’une invention alimentaire pour amuser la galerie. Elle marque, en réalité, le premier pas vers la renonciation de l’ADEMA à une candidature interne au profit d’un ralliement à Ladji Bourama. Si vous ne me croyez pas, attendez la fin de l’année. Vous verrez alors, comme à la veille de chaque présidentielle, le parti éclater en mille morceaux conduits, chacun, par le responsable interne qui caressait le rêve de devenir « candidat de consensus ». Dans cette galaxie de candidats qui auront été déçus par l’ADEMA, je vois Kalfa Sanogo, maire de Sikasso; Dioncounda Traoré, ex-président de la Transition; Oumar Tatam Ly, ex-Premier ministre de Ladji Bourama.

Tiékorobani

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