Enquête: comment les déchets médicaux sont traités au Mali

Les hôpitaux sont, en principe, des établissements de soins; mais, ils peuvent propager des maladies si les déchets qui y sont produits ne bénéficient pas d’un traitement adéquat. Comment les déchets médiaux sont-ils traités au Mali? Enquête.

Nous nous rendons d’abord à l’Hôpital du Mali, le plus grand de la rive droite de Bamako.  L’hôpital se situe à Missabougou; il figure au sommet de la pyramide sanitaire, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un établissement public hospitalier de 3ème référence au même titre que les hôpitaux « Gabriel Touré » et du « Point G ». Nous sommes reçu par monsieur Bakary Dembélé, surveillant général dudit établissement. Par bonheur, cet homme est un spécialiste des déchets médicaux. Selon lui, les déchets médicaux désignent, d’une manière générale, les déchets issus d’une activité de soin à l’hôpital, dans des structures médicalisées ou de recherche, ou encore qui sont produits lors de la réalisation de campagnes de santé publique, telles que les campagnes de vaccination. Aux dires de Dembélé, ces déchets sont classés en deux catégories principales: les déchets médicaux assimilables aux déchets ménagers, et les déchets biomédicaux.

* La première catégorie est composée des emballages, des reste d’aliments consommés par les patients et leurs accompagnateurs. Ils sont sans risque direct pour la santé des personnes ou pour l’environnement. Ces déchets sont recueillis chaque jour après le balayage des salles de soins, de consultations, d’attente et d’hospitalisation. Après leur collecte, ces déchets sont mis dans des caissons qui sont ensuite transportés vers des dépôts finaux réservés aux déchets ménagers.

* La seconde catégorie  est l’ensemble des déchets dits biomédicaux. Ils sont à risque et répertoriés en fonction de leurs provenances: les déchets infectieux (compresses, coton, des seringues, etc.), les déchets anatomiques (tissus ou corps amputés, etc.), les déchets pharmaceutiques (flacons de sérum, gants etc.).

Comment les déchets sont gérés

Il y a dans chaque salle de soins des poubelles de différentes couleurs. Les médecins sont chargés, pendant les soins, de trier les déchets. Les déchets infectieux sont mis dans une poubelle rouge, les déchets anatomiques dans la poubelle jaune et les déchets pharmaceutiques dans la poubelle noire. Le contenu de la poubelle noire rejoint immédiatement les ordures ménagères. Quant au contenu des poubelles rouges et jaunes, ils sont destinés à l’incinération. Avant l’incinération, ils sont entreposés dans un endroit appelé dépôt intermédiaire. Le traitement final se fait au niveau des incinérateurs.

Aux dires de monsieur Dembélé, l’Hôpital du Mali possède 3 incinérateurs. L’incinération des déchets se fait les week-ends mais plus souvent en cas d’abondance des déchets. Un incinérateur a 2 compartiments: le premier, appelé superstructure, reçoit les déchets; le second, appelé cheminée, reçoit la source de chaleur destinée à brûler les déchets. C’est par la cheminée que s’échappe la fumée. « Pour permettre à tous les déchets, notamment les aiguilles,  bistouris et autres objets métalliques d’être incinérés, le four de l’incinérateur est chauffé jusqu’à 600°C », souligne notre interlocuteur.

Situation dans les autres hôpitaux

La gestion des déchets à l’hôpital Gabriel Touré reste un défi. En effet, le plus grand hôpital du centre-ville de la capitale ne dispose plus d’incinérateur. La cause ? Les experts ont décidé que la concentration humaine dans et autour de l’hôpital ne permet pas, sans danger, d’y procéder à une incinération dont se dégagent des fumées toxiques. Par conséquent, les déchets émis par le Gabriel Touré sont transportés vers l’hôpital du « Point G » pour y être incinérés.

Il faut signaler que tous les centres de santé de référence et les centres de santé communautaire sont dotés d’au moins un incinérateur. Même constat dans les régions, sauf celles dont l’administration est absente (le grand nord, par exemple). L’hôpital régional de Ségou est même doté d’un incinérateur de dernière génération: il fonctionne à l’électricité et est plus performant que celui des hôpitaux de Bamako qui sont alimentés au charbon de bois.

Les défis

Il reste beaucoup de défis à relever. Le premier a trait à la formation continue des agents incinérateurs. Les manœuvres minimisent le risque qu’ils courent en manipulant les déchets. Leur comportement est à l’origine de plusieurs cas d’infections par an. Il urge de les mieux former. Bakary Dembélé préconise, par ailleurs, la création d’un centre unique d’incinération des déchets pour tous les hôpitaux d’une même région. Enfin, notre enquête nous a permis de noter la faible implication des cliniques et cabinets privés dans le système d’incinération: leurs déchets se retrouvent dans les ordures ménagères, exposant les populations au plus grand danger.

La politique nationale de gestion

Contacté par nos soins, le ministère de la Santé nous a communiqué des documents décrivant la politique nationale en matière de gestion des déchets biomédicaux. Notre pays  est signataire des conventions de Bâle et de Bamako portant sur la  gestion des déchets spéciaux. Il existe aussi un manuel de procédures sur la gestion desdits déchets. Le département de la Santé,  depuis plusieurs années, procède à l’installation ou la réhabilitation des incinérateurs. Selon lui,  la gestion des déchets est globalement satisfaisante au niveau des formations sanitaires.

Abdoulaye Guindo

Catégories : SANTE

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