Economie et sécurité : Ce que le Mali perdra avec le président Donald Trump

La politique de Donald Trump menace de porter atteinte au partenariat entre les Etats-Unis et le monde en général. Mais pour l’Afrique, c’est la catastrophe assurée. En effet, avec 38 milliards de dollars par an, les Etats Unis sont le premier bailleur d’aide au développement des pays pauvres. Par ailleurs, depuis 2000, les Etats-Unis accordent des facilités douanières aux pays africains pour exporter leurs produits sur le sol américain et ainsi accélérer leur développement. Ces facilités entrent dans le cadre de l’AGOA, une stratégie de solidarité de la plus grande puissance mondiale envers les pays du Tiers Monde.

Commerce américano-malien

Selon les données produites en 2010 par le département américain du Commerce, les Etats-Unis  ont importé pour 6,3 millions de produits « made in Mali » alors que notre pays importait 37 millions de biens américains, principalement des produits pharmaceutiques et des machines-outils. Ces exportations maliennes n’auraient pas pu s’effectuer sans les facilités douanières nées de l’AGOA car la baisse des taxes douanières rend les produits maliens compétitifs, donc vendables sur le marché américain. Sans ces facilités, d’autres Etats (du Moyen Orient, d’Amérique latine ou d’Europe) auraient sans doute vendu leurs produits à la place des nôtres.

Mieux: le programme  américain « Millenium Challenge Acount » (MCA) auquel le Mali a été déclaré éligible en tant que démocratie économiquement arriérée a permis à notre pays de bénéficier, de 2006 à 2012 (date du dernier putsch militaire), de dons et d’investissements américains de 460 millions de dollars (environ 230 milliards de FCFA). Suite à la suspension du programme, suite au putsch de 2012, les secteurs de l’agriculture et des infrastructures ont beaucoup souffert car l’Oncle SAM a gelé au Mali deux importants projets d’un coût avoisinant les 200 milliards de FCFA :

– l’aménagement de la plaine d’Alatona dans la zone Office du Niger, agrémentée du bitumage de plusieurs voies conduisant à Niono ;

– la construction d’une nouvelle aérogare aux normes internationales et le rallongement de la piste d’atterrissage de Sénou, toutes choses qui tendaient à moderniser les infrastructures aéroportuaires pour renforcer les liens commerciaux du Mali avec l’économie régionale et mondiale.

Le départ du MCA a contraint le gouvernement de Transition du Mali à poursuivre partiellement les travaux entamés, avant que l’équipe du Premier ministre Oumar Tatam LY prenne le relais en sollicitant le concours financier de la Banque islamique de développement. Avec le président nationaliste Donald Trump, il va sans doute falloir dire adieu à l’AGOA et aux dollars du MCA car le milliardaire américain a pour doctrine de ne pas dépenser un seul franc pour les pays pauvres tant qu’il y aurait des pauvres aux Etats-Unis.

Aide militaire et humanitaire

La guerre au nord-Mali a mis sur la route de l’exil 546 000 personnes. Pour aider le Mali et les pays du Sahel à faire face à cette crise humanitaire, le gouvernement américain a apporté son aide. L’ambassadeur des Etats-Unis au Mali, Mary Beth Leonard, a ainsi reçu mandat de son département de tutelle de faire parvenir au Mali 51 millions de dollars d’aide humanitaire supplémentaire. Cette aide portait le total de l’aide humanitaire américaine pour le Sahel à 520 millions de dollars depuis septembre 2011. Sur ce montant globbal, le Mali seul a obtenu 149 millions de dollars dont une partie a transité, sous forme d’aide alimentaire, par le Programme Alimentaire Mondial (PAM).

A l’aide humanitaire susvisée, qui émane du gouvernement américain, il faut ajouter  celle de 17 millions de dollars débloquée par l’US-AID, une agence qui garde une certaine autonomie par rapport aux structures étatiques américaines.

Autant il y a lieu de craindre que Donald Trump n’interrompe les aides humanitaires américaines, autant il faut prévoir un retrait américain du processus de stabilisation politicico-militaire du Mali. Donald Trump a annoncé la réduction de 40% des contributions financières américaines aux missions de maintien de la paix de l’ONU et aux organisations internationales. Les Etats-Unis étant le premier contributeur financier de l’ONU, qui a son siège à New York, les repercussions seront énormes sur une mission militaire comme la MINUSMA. Bien décidé à ne plus se mêler de guerres et de crises africaines, Donald Trump va laisser ce fardeau sur les faibles épaules de la France qui croule déjà sous le poids de  ses préoccupations économiques internes. Faut-il, dès lors, craindre une descente plus accélérée du Sahel et du Mali dans les enfers ?

Tiékorobani et Abdoulaye Guindo

Catégories : ECONOMIE,MALI

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