Cour d’assises : les dossiers terroristes qui seront jugés

Parmi les accusés, des espions du MNLA, des coupeurs de mains du MUJAO et le complice du terroriste Wadoussène.

La Cour d’assises de Bamako ouvre, ce lundi 2 mai, sa première session au titre de l’année 2016. Au rôle :  150 dossiers criminels qui se repartissent  comme suit: 11 dossiers d’attentats contre les institutions, 4 dossiers d’atteinte aux biens publics, 9 cas de faux et usage de faux, 26 dossiers de vol qualifié combiné à des cas d’assassinats et de détention illégale d’armes,  7 cas de trafic international de drogue, 43 cas d’atteinte aux mœurs (dont 23 cas de pédophilie) et 50 dossiers d’atteinte à l’intégrité physique. Le nombre d’accusés est de 207, dont 21 femmes. Selon le procureur général près la Cour d’appel de Bamako, Mohamed Lamine Coulibaly, que nous avons rencontré, les infractions contre les mœurs prennent des proportions de plus en plus inquiétantes. On assiste surtout à une banalisation de ces crimes dont les conséquences dommageables vont bien au-delà  de l’intégrité physique des victimes. Toujours selon le procureur général, le viol et la pédophilie, qui constituent les formes les plus graves d’atteinte aux bonnes mœurs, sont devenus monnaie courante et cela n’est plus tolérable.

Par ailleurs, 11 dossiers terroristes se trouvent au menu des assises. Les accusés répondent d’infractions aussi graves que l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, l’association de malfaiteurs et la rébellion. Nous vous livrons, dans le détail, les faits reprochés aux différents accusés.

Dossier de Wadoussène

L’affaire Parmi ces dossiers se trouve celui de Mohamed Ali Ag Wadoussène qui a défrayé la chronique. En effet, courant 2011, le groupe terroriste AQMI décide d’enlever des Occidentaux dont l’arrivée est annoncée à Hombori, au nord du Mali. Le 23 novembre 2011, le Français Serge Lazarevic arrive effectivement à Hombori. Mohamed Ali Ag Wadoussène est envoyé par AQMI en éclaireur dans la ville, avec pour mission de s’informer des faits et gestes du Français. A 1 heure du matin, Wadoussène signale aux ravisseurs d’AQMI la présence de Lazarevitch. L’équipe de ravisseurs se compose de Haiba  Ag Chérif, de Jafar et de Outamasheck. Ces trois hommes font irruption dans l’hôtel où loge  Serge Lazarevitch. Le gérant et les autres occupants de l’hôtel sont neutralisés et enfermés dans la chambre du gardien. Les trois bandits se dirigent vers la chambre de Lazarevic et enlèvent l’infortuné. Il est menotté et placé à l’arrière d’un véhicule 4X4 non immatriculé dans lequel les assaillants étaient venus. Ils quittent la ville avec leur otage sans se faire repérer par les forces de l’ordre. Arrivés aux environs de la chaîne montagneuse du Tighargar, l’otage est remis à un certain Abdoul Fatah qui le conduit vers une destination inconnue. En récompense de leurs informations, Wadoussène et Haiba Ag Chérif reçoivent un véhicule 4X4 et une forte somme d’argent avec laquelle ils sont censés acheter, en vue de missions futures, des menottes, du gaz neutralisant, des talkies walkies et des jumelles. Ainsi, Haiba Ag Chérif entre en contact avec son neveu, Fousseyni Traoré, un policier malien, auquel il fait une offre d’achat de 20 paires de menottes et de 5 tubes de gaz neutralisant. Fousseyni  Traoré accepte :  il lance une commande auprès de Monzon Konaté, un fournisseur habituel de tenues et d’équipements des forces armées et de sécurité. Le matériel commandé par le terroriste lui est livré sans peine. Arrêtés et interrogés, Wadoussène et Haiba  reconnaissent les faits et livrent les détails du rapt de Serge Lazarevitch. Ils sont inculpés de divers crimes et emprisonnés à la prison de Bamako. De ce lieu, Wadousssène s’évade le 16 juin 2015 en tirant à bout portant sur un surveillant, l’adjudant Kola Sofara, mort sur le coup. Arrêté, le 25 juin de la même année, par une unité spéciale de la gendarmerie nationale et de la Sécurité d’Etat, il est libéré, le 24 décembre 2015, dans le cadre d’un échange contre le même Serge Lazarevic qu’il avait aidé à capturer à Hombori. Sa libération fera grand bruit mais elle ne lui profitera pas longtemps:  il sera abattu, quelques mois plus tard, par les forces françaises au nord-Mali. L’action publique contre Wadoussène étant éteinte pour cause de mort, seul Haiba Ag Chérif comparaîtra devant les juges. Quant aux agents de sécurité ayant servi d’intermédiaire pour la vente des objets cités plus haut, ils ont déclaré, au cours de leur interrogatoire, ignorer l’usage qui devait en être fait.  Trouvant leur argumentaire léger, les enquêteurs décident de laisser leur sort aux mains de la hiérarchie militaire. Et fort étrangement, ils ne sont pas poursuivis dans le dossier d’assises, ce qui crée un sentiment de malaise.

Dossier des assaillants du MNLA, d’Ançardine et du MUJAO

Un autre dossier terroriste implique Mohamed Ahmed Ag Mohamed Lamine dit Colonel, Mohamed Amadou Wadidjé, Aly Guindo, Mohamed Maiga et Sidi Mohamed Ould Barech. Courant mars 2012, le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), avec l’appui des mouvements islamistes Ançardine, MUJAO et AQMI, attaque les camps militaires maliens de Tessalit, de Kidal, d’Anéfis, de Ménaka, d’Abeibara et de Gao. Le MNLA et ses alliés pillent des magasins, des édifices de l’Etat, des monuments culturels et religieux. En janvier 2013, lorsque la France lance son opération « Serval » de libération des villes occupées, les inculpés susnommés sont arrêtés par l’armée malienne sur le théâtre même des opérations. Au cours de leur interrogatoire les accusés  Mohamed Ahmed Ag   Mohamed Lamine dit Colonel et Mohamed Amadou Wadidjé reconnaîtront les faits reprochés, lesquels vont de l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat à la rébellion, en passant par les assassinats et autres crimes odieux. Ils diront avoir adhéré aux groupes islamistes par conviction religieuse.Ils avoueront avoir joué le rôle de formateurs en techniques de combats et participé à l’amputation de certains voleurs et à la lapidation à mort de certains couples maliens. Quant aux autres accusés- Mohamed Maiga, Aly Guindo et Sidi Mohamed Ould-, ils nient les faits reprochés. Ayant été pris sur le théâtre des opérations avec les autres accusés, ils seront jugés ensemble. En attendant, ils  restent tous sous mandat de dépôt depuis le 13 mars 2013.

Dossier des islamistes du MUJAO

Pendant l’occupation du nord-Mali par les groupes rebelles du MNLA et alliés, les nommés Cheybou Idrissa Maiga, Mahamadou Alassane, Zoura Attaher, Foudeyrou Aliou Maiga, Mohamed Maiga, Aliou Ismael Maiga, Moussa Hamittou Maiga, Soumaila Kéita, Zakwana Hamida Maiga, Abdoulaki Seydou Maiga, Abdoulaye Alidou Maiga, Abdramane Yena et Sidi Ag  Loulou ont commis des actes de terrorisme, d’association de malfaiteurs et de participation à un mouvement insurrectionnel armé. Originaires de Kadji, une commune rurale de Gouzourèye, dans la région de Gao, ils sont des adeptes connus du wahabisme, branche radicale de l’islam. Avec l’avènement du MUJAO à Gao, les accusés y adhèrent en masse et facilitent l’implantation du groupe terroriste en accueillant les « jihadistes » à bras ouverts et en plantant leur drapeau un peu partout dans la commune. Les accusés ont également participé à la destruction d’édifices publics et de mausolées classés au patrimoine de l’Unesco, ont racketté les usagers du pont de Wabaria à Gao, flagellé des femmes, amputé des présumés voleurs et même lapidé à mort des personnes accusées d’adultère. Les accusés ont enfin recruté des combattants pour le MUJAO. Arrêtés par les soldats français en 2013 et remis aux forces maliennes, les intéressés seront transférés à Bamako et placés sous mandat de dépôt le 25 mars 2013. L’un d’eux (Zoura Attaher) ne comparaîtra pas devant les juges d’assises puisqu’il est mort en détention.

Dossier des espions du MNLA

Un quatrième dossier concerne des membres du MNLA: Sarmoye Ag Mohamed, Abdoulaye Traoré et Alassane Dicko. Profitant de l’invasion du nord par leur mouvement, les trois hommes se sont emparés de 16 motos et de meubles appartenant

à des soldats maliens. Enseignant de son état, Abdoulaye Traoré espionnait de surcroît les services de sécurité maliens pour le compte du MNLA. Alassane Dicko, ex-milicien du Ganda Koy en 1992, il a, aux côtés du MNLA, combattu l’armée malienne en 2012. Quant à Sarmoye, il a rejoint le MNLA qu’il renseignait sur les autres groupes islamistes. Les trois individus, repérés de longue date par les populations, ont été traquées et arrêtés le 27 mars 2013 par les soldats français avant d’atterrir, le 8 avril 2013, dans les prisons maliennes. La semaine prochaine, nous vous parlerons des autres dossiers terroristes soumis à la sagacité des juges d’assises. En attendant, nous nous étonnons que ces bandits n’aient pas à ce jour été réclamés par la CMA.

Abdoulaye Guindo

 

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