Commune de Boron: La population empêche le maire de prendre service

Les gouverneurs nommés dans certaines régions du nord sont, comme on le sait,  sans domicile fixe. Celui de Kidal a ses bureaux à Gao. Celui de Taoudeni gouverne depuis Tombouctou, à 900 km de sa ville officielle d’affectation. Considéré jusque-là comme le problème des seuls gouverneurs du nord, le phénomène se transporte au sud, notamment à Boron, une  communale rurale du cercle de Banamba, région de Koulikoro. En effet, Alou Doucouré,  confirmé maire de Boron par un Arrêt de la Cour suprême du Mali, ne peut mettre les pieds dans sa commune. La décision judiciaire est contestée par la population depuis un mois, ce qui empêche l’investiture du maire. Ce dernier gouverne donc entre sur le papier, entre Banamba et Bamako.

Comment en est-on arrivé là ?

Suite aux municipales du 20 novembre dans la commune de Boron, la liste PARENA, conduite par Bakary Diané, est classée première. Elle est très vite attaquée devant le tribunal administratif par Alou Doucouré, tête de liste du CNID.   La justice, en première instance, tranche en faveur de la liste  PARENA. Le candidat vainqueur est alors investi le 30 décembre 2016 par le Préfet de Banamba. Alou Doucouré du CNID, maire sortant, reconnaît sa défaite. On croit le contentieux mort et enterré.

A la grande surprise des populations de Boron, Doucouré fait monter l’affaire devant la section administrative de la Cour suprême. Il parle, entre autres, de corruption d’électeurs à travers l’installation, par son rival, de forages d’eau dans les villages de Maribougou, Bonzi, Kanika I et Kanika II pendant la campagne électorale. La Cour annule les suffrages exprimés dans ces villages. Cette annulation de votes fait perdre à la liste PARENA un conseiller communal au profit du CNID. Du coup, l’élection de Bakary Diané comme maire est invalidée au profit  d’Alou Doucouré. Après déjà 4 mois de fonctions, Diané est prié de quitter son bureau.

Le hic, c’est que la population de Boron ne l’entend pas de cette oreille. Jugeant  catastrophique le bilan de Doucouré, maire sortant,  elle s’oppose à son intronisation à la mairie. Le préfet de Banamba, venu installer Doucouré, est chassé par les habitants de Boron. Le gouverneur de Koulikoro, Sékou Couliblay, très furieux de ce qu’il prend pour une faiblesse du préfet, se rend à Boron avec une dizaine de véhicules remplis de soldats. Malgré cet impressionnant dispositif, le gouverneur est empêché de s’approcher de la mairie par une foule en délire. Malgré plusieurs heures de négociations, il échoue à installer Alou Doucouré dans ses fonctions de maire. Doucouré se fait alors est introniser le 3 août 2017 à Banamba, très loin de la commune de Boron. Depuis cette date, la mairie de Boron est fermée, la population en refusant l’accès au maire Doucouré.

Représailles

Pour obliger la population à revenir sur sa position, le percepteur du trésor de Banamba reçoit l’ordre de n’accepter aucun document signé de Bakary Diané. Cet embargo ne change rien à l’affaire. Sur ces entrefaites, une lettre est adressée au ministre de l’Administration territoriale par le Collectif des anciens élèves ressortissants de la commune de Boron; la lettre demande au ministre de remettre Diané dans ses fonctions en vue de l’apaisement social. Pour le Collectif, la loi n’est pas toujours la justice et l’autorité ministérielle doit intervenir au plus vite pour assurer la continuité de l’administration et éviter un bain de sang. Le Collectif suggère au ministre de réexaminer les procédures judiciaires entamées dans cette affaire avant la catastrophe annoncée. Sera-t-il entendu? Wait and see…

Abdoulaye Guindo

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