CHRONIQUE SATIRIQUE : TERETA LACHE PAR LES SIENS

Comme nous le prédisions dans notre livraison du 18 janvier 2016 (article intitulé « Bras de fer au sommet: Comment et pourquoi Téréta a perdu la bataille »), Téréta, à peine limogé du gouvernement, moins d’une semaine de son départ du gouvernement, est bruyamment lâché de tous côtés par les responsables du RPM. Et ce n’est qu’un début!

Dans notre beau pays où tout bon politicien gagne son pain à la sueur de la… langue et vit de la dépouille de l’autre, il ne fait pas bon de se faire expulser du gouvernement. L’expulsé passe aussitôt pour un pestiféré, pour ne pas dire un « éboliféré »; le suivre revient à se destiner à la faim et à la soif, surtout quand le bagnard, pardon!, le banni a suscité la colère de Ladji Bourama en personne. Dans « L’Impérium », Robert Harris écrivait en 2006: « Comme n’importe quel imbécile peut s’en apercevoir, le moyen le plus sûr de progresser en politique est de se tenir près de celui qui est tout en haut. ». Ces bonnes leçons, l’ex-ministre du Développement rural les apprend à ses dépens. Depuis son limogeage, il assiste à un véritable carnaval de lâchage de la part de ses camarades de parti. Malheureusement pour lui, il n’arrive pas, comme Ladji Bourama ou l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra, à évacuer sa déprime par des sanglots télévisés…

Le festival de lâchage commence par de menus frétins qui, dans un émouvant concert, multiplient les serments d’allégeance à Ladji Bourama et les mots de défiance envers Téréta. Ainsi, Mamadou Diarrassouba, 1er questeur de l’Assemblée nationale et 1er Secrétaire à l’Organisation du Bureau Politique National du RPM, s’épanche dans L’Indépendant (livraison du 25 janvier 2016). A en croire ce fin analyste politique, « il n’existe pas de problème RPM-IBK; il y a seulement un problème IBK-Téréta ». Une manière de dire que le RPM reste solidement retranché derrière son père nourricier, Ladji Bourama, dans le conflit (réel ou supposé) qui oppose celui-ci à Téréta. Pour la petite histoire, le même Diarassouba, alors en complète harmonie avec Téréta, déclarait, il y a deux ans, dans L’Indépendant du 16 juillet 2014: « Le poste de Premier Ministre doit revenir au RPM ». Quel sot prétendait donc que la langue n’était pas mobile ? Elle l’est à souhait, surtout dans la perspective de participer au banquet du mérite si souvent évoqué par le généreux hôte de Koulouba !

Diarassouba n’est pas le seul à casser du sucre sur le dos du corbillard. Abdramane Sylla, Secrétaire aux Relations Extérieures du RPM, y va aussi de son petit couplet. Dans L’Indépendant (livraison du 26 janvier 2016), il clame son total soutien à Ladji Bourama et pousse le zèle jusqu’à contester l’authenticité du communiqué mi-figue mi-raisin du 16 janvier 2016 où le Bureau politique National du RPM exprime « son soutien au gouvernement » tout en « félicitant » le ministre limogé, Téréta. C’est le mot « féliciter » qui irrite au plus haut point Sylla au point que, dans son élan de justicier, il promet des sanctions contre les faussaires qui ont fabriqué ce communiqué. Ledit communiqué a, il est vrai, de quoi compromettre bien des carrières; or, notre ami Sylla est ministre des Maliens de l’Extérieur !

Lamentations du vice-président du RPM

Le coup de grâce vient d’un personnage haut perché dans le firmament du parti: Boulkassoum Haidara, 1er vice-président du RPM et président de la Convention de la Majorité Présidentielle. Ce grand chef ne veut pas laisser à ses subordonnés l’insigne honneur de lyncher les dignitaires en disgrâce. Dans une interview accordée au Prétoire (livraison du 28 janvier 2016), il qualifie carrément de « non-événement » le limogeage de Téréta: « Pour moi, c’est un non événement. Car Téréta est un cadre en mission. Le Chef de l’Etat lui a confié une mission. Et il pense aujourd’hui qu’il pourrait confier cette mission à une autre personne qui pourrait la conduire beaucoup mieux que Téréta, peut être. Je pense qu’un cadre en mission peut être à tout moment déplacé et il n’y a pas un problème à cela. Surtout que Téréta, depuis le régime défunt, avait été désigné par l’actuel Président de la République pour être son représentant au sein du dernier gouvernement ATT en tant que ministre de l’Elevage. En plus, depuis, l’avènement de l’actuel Président au pouvoir, il est membre du gouvernement. Son départ a dû faire mal à certains qui s’agitent. Surtout des gens qui n’ont pas d’expérience dans la gestion administrative d’un Etat. Car on peut enlever un cadre et l’appeler à d’autres missions. »

Comme pour se payer la tête de l’ex-ministre, Haidara ajoute: « J’ai salué ce départ dans la mesure où ça lui permettra de venir renforcer le parti qui a plus ou moins de problèmes comme vous l’avez vous-mêmes susmentionné. Il pourrait nous aider à faire plus de rassemblement autour de nos objectifs ». A supposer qu’il ne s’agisse pas de franche moquerie, comment Haidara, politicien blanchi sous le harnais, peut-il soutenir, sans rire, que dans le contexte de misère générale du Mali, Téréta serait plus utile au parti en quittant le gouvernement et en perdant, du coup, les moyens financiers et politico-administratifs que procure un département aussi important que celui du Développement rural ?

Question du journaliste: « D’aucuns estiment que le communiqué du RPM qui a suivi l’éjection de Téréta du gouvernement est une déclaration de guerre au Président de la République. Car le document invite les militants à se mobiliser autour du projet du parti et non du programme présidentiel. Qu’en dites-vous ? » Réponse de Haidara: « Messieurs les journalistes, je vous invite un peu à la retenue. Le Président Ibrahim Boubacar Kéïta nous connaît mieux que quiconque. On lui voue une fidélité, un amour qui frise la divinité ». Ah bon ? Haidara aurait donc un nouveau dieu sur cette terre d’islam? Dans la foulée de sa toute nouvelle religion, le compère va jusqu’à regretter sa propre apposée au bas du communiqué du RPM: « Pour le cas Téréta, il y a un peu d’agitation. A chaud, il y a eu un communiqué que j’ai signé moi-même. Je le reconnais. J’aurais dû proposer d’attendre l’approbation du communiqué par l’ensemble du bureau politique national du parti qui devrait se réunir le dimanche. Je l’ai signé. Mais le lendemain, à la réunion du Bureau Politique National, j’ai présenté mes excuses pour ce manque de vigilance de ma part. Car, dès le jour de la diffusion du communiqué, j’ai reçu beaucoup d’appels de membres du bureau politique national qui m’ont dit qu’ils ne s’associent pas à un tel communiqué et que si désormais on fait un tel communiqué, il n’est pas exclu qu’ils fassent un communiqué contraire. C’est pour dire que l’unanimité n’avait pas été acquise autour de ce communiqué. Heureusement, le RPM est représenté à deux niveaux. Il s’agit du RPM parti et du RPM membre de la Convention des partis politiques de la majorité présidentielle, dont je suis encore le Président, qui a redressé la situation en félicitant le Premier ministre et en renouvelant son soutien indéfectible au Président de la République. On a dû rattraper. Je crois que le Président nous a compris ».

En clair, sous couvert de « rattrapage », Haidara se mord les doigts d’avoir signé le communiqué et, en bon talibé du « ladjibouramaïsme », il lève les mains au ciel et prie de toutes ses forces pour que Ladji « comprenne » l’erreur et lui pardonne. Il sera entendu, à condition que sa nouvelle « divinité » de Koulouba soit aussi clémente et miséricordieuse qu’Allah soubhana wa tallah, le Créateur des mondes…

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