Chronique Satirique: quand les parties festoient sur le dos du peuple

Si voulez manger à votre faim sans rien faire de vos dix doigts, faites de la politique ! Pas la politique du bétail électoral qui bat du tam-tam dans les rues, que non! Mais la vraie politique. Celle qui nourrit son homme jusqu’à l’ivresse. Vous voulez un exemple ? En voilà un: l’Etat malien, riche et généreux comme l’empereur Kankou Moussa, fait tomber chaque année une pluie de milliards sur la tête des partis politiques. L’équivalent de 0,25% des récettes fiscales annuelles ! A dire de politicien, c’est là une manière de renforcer la démocratie et les démocrates. Pour l’année 2016, il y a au menu une cagnotte de 3 milliards de nos francs (pas un rotin de moins !). Les heureux gagnants à ce loto national ? 56 partis politiques (excusez du peu !). Il paraît que ces 56 partis ont été choisis parmi 62 postulants. C’est dire que même quand il s’agit de ramasser l’argent par terre, certains tocards trouvent le moyen de rater le coche. Or, le festin de cette s’avère particulièrement croustillant par rapport à 2014 où 47 formations politiques se sont partagé gaîment la bagatelle de 1,8 milliard de FCFA.

A tout seigneur tout honneur: le RPM se taille la part du lion dans le gâteau au miel. Avec  520 millions, le parti des tisserands aura de quoi acheter de pleines cargaisons de quenouilles et de fils à tisser. Voire de coudre quelques boubous « bolokouri » pour Ladji Bourama pour ses visites d’Etat. Ceux qui voient d’un mauvais oeil  la bonne fortune du RPM devraient se souvenir qu’Allah soubhana wa tallah a porté cette formation au pouvoir avec 77% des voix et que le Créateur n’aime pas les « hassidi » (envieux). De surcroît, le parti revendique 76 députés qui ont besoin de manger. Dans ce lot d’élus nationaux, on compte une foule de migrants, de nomades et même de chefs rebelles azawadiens qui savent mieux que quinconque ce que signifient les trois mots de base du dictionnaire alimentaire : « faim », « appétit », et « manger ».

Le second convive servi à la table publique s’appelle ADEMA. Avec 367 millions, le parti de l’Abeille fait honneur à sa réputation de festoyeur impénitent puisqu’il ne cesse de manger et de boire à toutes les tables depuis la chute de Balla et des Balladins, en 1991. Dommage que l’Etat ne se soit pas montré plus généreux avec nos amis butineurs qui, en vérité, ont assez d’appétit pour manger en une journée le budget national entier !

Pour pouvoir manger en silence (le festin, comme l’argent, a horreur du bruit !), il faut lancer quelques gigots aux critiqueurs professionnels. C’est pourquoi l’URD, principal parti de l’opposition, gagne de quoi se lécher les coudes. Avec  267 millions, le parti de la poignée de main empoche deux fois moins que le RPM, mais 267 millions, ce n’est pas des haricots pour des opposants qui ont faim et soif. D’ailleurs, Soumaila Cissé, après trois ans d’opposition, commence à palper ses poches et à regarder de près à la dépense, d’autant qu’il n’a toujours pas vu la couleur du budget annuel de 500 millions prévu pour sa personne, en tant que chef de file de l’opposition. Or, un opposant a sacrément besoin d’argent! D’abord pour assurer les trois repas quotidiens (ça ne va guère de soi sous nos  chauds tropiques !); ensuite, pour entretenir le ho ha ho dans les rues et les médias; enfin, pour parcourir le pays (or, opposant ou pas, on ne vient pas saluer les notabilités villageoises les bras ballants). De plus, il faut payer le loyer des locaux occupés par le parti. Sans oublier les factures de courant et d’eau qui arrivent chez les opposants plus vite que chez les autres citoyens. Pour ne rien arranger, les cadres du parti, souvent chassés de leurs postes pour avoir choisi le mauvais camp, comptent sur l’aide sonnante et trébuchante du grand-frère opposant et s’il arrive que cette aide traîne en chemin, les compères transhument avec armes, bagages et appétit chez le riche voisin tisserand. Coïcidence ? Juste après avoir encaissé 267 millions, l’URD et ses alliés ont subitement renoncé à leur marche du 23 avril…

Derrière le RPM, l’ADEMA et l’URD s’alignent les mangeurs poids plume. Armés de louches, de fourchettes et de cuillères, ils forment une véritable armée qui n’aurait aucune peine à vaincre celles de l’Azawad. Certaines de ces formations sont là uniquement parce qu’elles ont pu remplir les 7 critères d’éligibilité au festin, critères si bureaucratiques que n’importe quel groupe de commis les rempliait en dormant:

  • tenir un congrès annuel du parti: peu importe si que ledit congrès se soit tenu à Zantiguila ou à Bamako; peu importe également le nombre de participants !
  • disposer d’un siège national différent d’un domicile ou bureau privé: Oh là là, du gâteau, quoi!
  • Avoir un compte ouvert dans une institution financière installée au Mali: allons, allons ! Qui ne peut ouvrir un compte en cinq petites minutes ?
  • tenir un inventaire annuel des biens meubles et immeubles du parti: une simple opération d’addition d’autant plus facile que le parti n’a généralement pour tous biens qu’un véhicule crevé, un vieux frigo, une armoire et des kilos d’archives !
  • présenter les comptes annuels à la Section des Comptes de la Cour Suprême au plus tard le 31 mars de chaque année: il suffira donc de lire le calendrier pour ne pas rater les délais !
  • avoir participé aux dernières élections législatives ou communales: même si le parti n’a pas gagné un seul suffrage dans les urnes, l’affaire est dans le sac !
  • justifier de la provenance de ses ressources financières du parti et de leur utilisation: c’est là le seul critère difficile, mais à y regarder de près, la difficulté n’existe qu’en théorie car la Cour suprême, chargée de vérifier cette comptabilité, n’a ni les effectifs ni le temps nécessaires pour passer au peigne fin chaque facture; elle approuve donc systématiquement tout document qui ne contient pas d’erreur de calcul grossière. Et puis, pour ramasser des millions chaque année, est-ce trop de demander à un mangeur de noter le prix des biscuits mangés ?

Question: que font de bon tous ces partis et machins pour que l’Etat leur distribue à tour de bras nos impôts ? Rien, à mon avis. Quand on crée un parti, ce n’est pas pour les beaux yeux des Maliens, que non ! C’est pour conquérir le pouvoir et, bien entendu, se servir. Voilà le vrai programme d’un parti. Tout autre discours relève des contes de Birago Diop. Alors, pourquoi devrions-nous remettre nos maigres sous à un parti qui se bat pour le confort de son propre estomac? On me répondra que les partis animent la vie démocratique et méritent, à ce titre, une aide publique. Fort bien ! Mais pourquoi le peuple, sans lequel il n’y a même pas de politique, sort brédouille du grand partage ? Pourquoi ne distribuerait-on pas, chaque année, 3 ou 4 milliards aux enseignants, militaires, élèves, cultivateurs, pêcheurs et ménagères du Mali ? Au reste, bien des partis bénéficiaires de la subvention publique ont un effectif de militants si squelettique qu’il tiendrait dans une cabine téléphonique.D’autres ne voient même pas la subvention passer car, en cours de route, le chef du parti empoche le pactole avant de produire, pour manger encore l’année suivante, une comptabilité bidonnée à souhait. Enfin, presque tous les partis bénéficiaires attendent la période électorale pour mener des activités alors qu’au sens de la loi, ils doivent, même hors des périodes électorales, éduquer et sensibiliser les citoyens au jeu démocratique. Pauvre peuple ! Pauvre dindon!

Tiékorobani

Catégories : Chronique satirique,MALI

Étiquettes : ,,,,