Chronique satirique: Quand le patron de l’armée gambienne chante et danse avec l’ennemi

  1. Le président gambien, Yaya Jammeh, a finalement entendu les prières de ses amis Alpha Condé et Mohamed Abdel Aziz: vendredi 20 janvier 2017, il déclare à la télévision nationale qu’il quitte le pouvoir. Et le lendemain, samedi, il s’envole de Banjul. Destination: la Guinée Equatoriale où il ne risque pas grand-chose puisque les Obiang NGUEMA, président et vice-président de ce pays, ne peuvent voir, même en peinture, la Cour pénale internationale et sont assez riches pour se passer des injonctions des grandes puissances. D’ailleurs, au moment où il quitte le pouvoir, l’ONU, l’Union africaine et la CEDEAO publiaient un communiqué conjoint stipulant que ni Jammeh, ni ses proches, ni ceux qui l’ont servi ne seraient poursuivis ni ne verraient leurs biens saisis. Cerise sur le gâteau, le communiqué reconnaît à Jammeh le statut d’ancien chef d’Etat, le maintien de ses droits civiques et son droit de revenir, s’il le souhaite, sur sa terre natale. L’homme au boubou blanc s’en sort donc plutôt bien, à moins que quelqu’un ne s’amuse, comme cela arrive souvent, à raconter qu’un « communiqué conjoint » n’a pas de valeur juridique…

Je retiens, pour ma part, une bonne leçon de l’affaire Jammeh: derrière la chute de tout pouvoir se trouve un homme de paille auquel le chef n’aurait jamais dû faire confiance. Celui de Gambie s’appelle Ousmane Badjie. Ce général a été fait chef d’état-major de l’armée par Yaya Jammeh. Et il aimait dire du haut de ses étoiles scintillantes: « C’est Yaya Jammeh qui me paie; je fais ce qu’il m’ordonne ! ».

Fort bien. Mais quand, le 2 décembre 2016,  Jammeh reconnaît sa défaite à l’élection présidentielle, le général Badjie, sentant sa solde en grand danger, court aussitôt au domicile du nouvel élu, Adama Barrow, auquel il fait allégeance en des termes dignes d’un griot. Si, ce jour-là, Barrow souffrait des pieds, le général les lui aurait massés avec de l’eau tiède et du beurre de karité made in Gambia. Après tout, l’éminent guérisseur Yaya Jammeh a sûrement confié à son chef d’état-major quelques secrets thérapeutiques…

Le 9 décembre, rétropédalage ! Yaya Jammeh, tout droit sorti d’une consultation avec ses djinns, apparaît sur le petit écran pour contester les résultats de l’élection. Il exige un nouveau scrutin et, entre-temps, fait proroger son mandat de trois mois par une résolution unanime des députés qui, sous tous les cieux, votent des deux pieds et des deux mains dans le sens de la soupe. Son plus fervent soutien dans cette nouvelle voie, j’allais dire dans cette périlleuse aventure ? Le général Ousmane Badjie, bien sûr! A en croire ce haut galonné, il aurait juste utilisé une ruse de guerre auprès de Barrow pour endormir la vigilance de ce dernier et permettre à Jammeh, le « vrai patron », de mieux manoeuvrer. De sa plus belle plume, Badjie publie dans la foulée un communiqué où il assure Jammeh de la « loyauté indéfectible de l’armée gambienne ». Joignant le geste à la parole, notre vaillant officier fait quadriller les rues de Banjul par l’armée et ferme à double tour les locaux de la commission électorale. Mais pas pour longtemps…

Il suffira que la CEDEAO déploie des troupes anti-Jammeh aux frontières pour que notre ami Badjie retourne une nouvelle fois sa veste : on le voit ainsi chanter et danser avec les militants d’Adama Barrow pour fêter la prestation de serment de celui-ci à Dakar (photo)! Le nouveau danseur Joe Bilongo, pardon!, Ousmane Badjie, en oublie même d’ôter son uniforme et son képi! Depuis, il tresse des couronnes de fleurs à la CEDEAO qui, jure-t-il, est la bienvenue en terre gambienne. « Nous allons accueillir les forces de la CEDEAO avec des fleurs. C’est un malentendu. Nous n’allons pas lutter contre les Nigérians, les Togolais ou toute armée qui vient!… Je tiens à la vie de mes hommes; je ne vais pas les engager dans une guerre stupide  qui oppose des politiciens ! ».Il ne manque plus à Badjie qu’à faire du thé à la menthe pour les troupes de l’organisation ouest-africaine! En tout cas, son attitude inspire, et de beaucoup !, le reste de l’armée qui, avant même que les soldats de la CEDEAO ne tirent le moindre coup de feu, commencent à déserter par camions entiers.

J’espère, pour le bonheur de la Gambie, que le nouveau président Barro a déjà préparé le décret mettant le général Bajie en retraite anticipée. Quand un officier se transforme, comme Badjie, en nomade politique, il est bon pour le garage. Les pouvoirs africains ont déjà fort à faire pour nourrir la colonie de nomades et de transhumants civils qui vont et viennent au gré des élections. Ladji Bourama en sait quelque chose: il lui a fallu trois bonnes années de mandat pour donner à manger aux transhumants qui ont fait le voyage Sébénicoro alors qu’ils n’ont jamais lu un traître mot du programme « Mali d’abord inchallah ».

Tiékorobani

 

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