Chronique satirique: pas d’élections à l’horizon

Ladji Bourama va allègrement vers la fin de son mandat. Cependant, malgré les assurances qu’il donne et répète en français comme en grec, je doute qu’il puisse tenir, comme prévu, l’élection présidentielle en juillet 2018. Et si je doute, c’est que j’ai de très sérieuses raisons de douter.

De fait, les élections locales et régionales ont été reportées pour des raisons de sécurité. Or, à moins de lire dans une boule de cristal, je ne vois pas comment la sécurité pourrait s’améliorer avant juillet prochain.  L’autre semaine, pas moins de 60 personnes ont été tuées dans des explosions de mines et des attaques armées à Boni et à Soumpi.

De plus, les accords de paix prévoient que les élections générales ne se tiennent qu’après le retour des refugiés et des déplacés de la guerre qui sévit au nord depuis janvier 2012. Or, comme chacun le sait, aucun refugié n’ose retourner au nord ni au centre du Mali où règnent en maîtres les hommes d’Iyad Ag Ghali et d’Amadou Kouffa. Bien au contraire, les rares villageois qui s’entêtaient à rester dans ces hauts lieux de terrorisme songent sérieusement à s’enfuir…

Après que 7 d’entre eux ont été égorgés à Kidal en 2014, il n’y a plus de préfets ni de sous-préfets maliens dans cette région. Le gouverneur nommé par le Mali se contente de prendre du thé dans son salon et d’écrire des courriers. Il n’a ni police ni armée et doit, pour sa sécurité personnelle, se reposer sur le bon vouloir et les combattants de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Compter sur ce gouverneur pour organiser les élections, c’est compter sur une charrette pour visiter la planète Mars !

Même scénario dans les régions de Ménaka et de Taoudéni, lesquelles, au demeurant, n’existent que sur le papier.

Ces deux régions n’ont vu le jour que par la volonté des rebelles armés et nul n’y vote sans leur consentement.

Et puis, entre nous, comment parler d’élections « libres » quand les électeurs votent la peur au ventre ? Comment les candidats battront-ils campagne au milieu des champs de mines plantés par les rebelles, terroristes et compagnie un peu partout au nord et au centre ? Et qui va transporter le matériel électoral, centraliser les résultats et les acheminer à Bamako alors que du nord au centre, l’administration a foutu le camp ? Et dans l’hypothèse où les rebelles acceptent la tenue du scrutin, comment voter pour des candidats opposés à leurs intérêts ?

En vérité, Ladji Bourama a du pain sur la planche. Car s’il n’y a pas d’élection en juillet, le pays tombera, la tête la première, dans le vide constitutionnel. C’est-à-dire dans l’aventure. C’est alors que vous verrez des bûcherons prétendre à la présidence de la République et des bergers au perchoir de l’Assemblée nationale.  Comment les convaincre qu’ils n’en ont pas le droit dès lors que les délais constitutionnels sont épuisés et qu’on patauge dans une Transition non prévue par les textes ? A moins qu’encore une fois, la Cour constitutionnelle, dans son extrême sagacité, ne juge que l’absence d’élections équivaut à une élection ! Après tout, elle a bien déclaré qu’au Mali, l’Etat exerce sa puissance sur tout son territoire, malgré une « insécurité résiduelle » qui n’empêche aucun coq de caquetter…

Tiékorobani

Catégories : MALI,POLITIQUE

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