CHRONIQUE SATIRIQUE: LES REGIONS ET GOUVERNEURS FANTOMES DE LADJI BOURAMA

Au moment même où les 703 communes du Mali crèvent de faim et que le Mali n’exerce aucun contrôle sur le nord, Ladji Bourama vient de nommer deux gouverneurs à la tête des villages de Ménaka et de Taoudéni. Pour rire ?
Notre beau pays bat, chaque jour, des records universels de farce. S’il m’écoutait, Ladji Bourama profiterait du prochain rémaniement gouvernemental (celui qui donnera à manger aux bandits armés) pour créer un ministère des Affaires Comiques avec résidence au marché « Dabanani ». Un artiste de talent comme Guimba pourrait diriger ce département de souveraineté qui permettrait au Mali d’innover en matière de gouvernance. Après tout, Guimba n’a-t-il pas battu des politiciens chevronnés à la présidentielle de 2002 ?

 
Pour en revenir à nos moutons, c’est-à-dire à nos records de farce, je vous rappelle quelques prouesses récentes. Le Mali est le seul au monde qui ait livré son président (un porteur de foulard blanc) à une copieuse bastonnade avant que l’intéressé reprenne le service comme si de rien n’était. C’est aussi le seul pays dont le président, renversé à trois petits mois de la fin de son mandat, se soit enfui par la montagne, à dos d’homme (voitures et motos sont, il est vrai, dangereusement lents en certaines circonstances !). Le seul pays, enfin, où une poignée de bandits règne sur les deux tiers du territoire alors que l’armée, à la tête d’un budget de 300 milliards (excusez du peu!) s’est spécialisée dans les « replis tactiques » . Dans ces conditions, nul ne s’étonnera de voir, ces derniers temps, Ladji Bourama nommer des gouverneurs fantômes à la tête de régions tout aussi fantomatiques.
Le 19 janvier 2016, le conseil des ministres, réuni au grand complet et après une séance de café, a nommé deux hautes personnalités à des postes prestigieux:
– Abdoulaye Alkadi en qualité de gouverneur de la toute nouvelle région de Taoudéni,
– Daouda Maïga en qualité de gouverneur de la région (toute neuve) de Ménaka.

 
Pour la petite histoire, Ménaka, à peine plus vaste qu’un enclos de chèvres, compte, pour toutes industries, quelques malheureux étals de mil et de thé « Azawad ». Quant à Taoudéni, nul n’y met le pied s’il n’est bagnard ou banni de la République. Le principal attrait de la localité ? Une prison lépreuse datant du siècle de Noé et vidée de ses pensionnaires depuis l’époque de Balla et des Balladins ! Avant de devenir des capitales régionales, les deux villes servaient juste au passage des troupeaux.En tout état de cause, les deux nouveaux gouverneurs ont du pain sur la planche. Surtout quand on songe au cas du gouverneur de Kidal, le colonel-major Adama Kamissoko. Ce dernier ne doit sa survie qu’à une excellente dose de ruse et d’agilité des jambes. Le 17 mai 2014, lors de la fuite du Premier Ministre Moussa Mara à Kidal, le vaillant officier s’est adroitement glissé dans le convoi de sauvetage. Les mauvaises langues racontent qu’il a manqué de s’asseoir sur le crâne du Premier Ministre, ce qui, en d’autres occasions, lui aurait valu un arrêt de forteresse ! Au jour d’aujourd’hui, le colonel administre la région de Kidal à partir de bureaux ouverts…à Gao. Et il jure, la main sur le képi, que Gao est le meilleur endroit de la terre pour gérer les affaires de Kidal. Joignant le geste à la parole, l’officier passe ses journées à recenser les Kidalois en fuite, à leur délivrer des pièces d’identité et à leur raconter de vieux contes du terroir où le résistant anticolonial Firhoun joue le rôle principal. Dans les années à venir, monsieur le gouverneur Kamissoko fera sans doute un bon professeur d’histoire…

 
Question: si le compère Kamissoko, malgré ses galons de colonel-major, n’a pu rester à Kidal qu’il est censé gouverner, comment ses collègues civils, Alkadi et Maiga, feraient-ils mieux à Ménaka et Taoudéni ? Ladji Bourama, leur généreux bienfaiteur, compte, inch Allah, sur les vertus de l’état d’urgence. Problème: ledit état d’urgence n’a même pas permis de tenir les législatives partielles à Talataye, une modeste commune du cercle d’Ansongo revendiquée par les rebelles azawadiens de la CMA. La rumeur court que les deux nouveaux gouverneurs seront en sécurité du fait de leur appartenance aux groupes armés du nord. On se plaît à croire que les chameaux, pardon!, les loups ne se mangent pas entre eux et que les gouverneurs et leurs administrés azawadiens s’entendront comme larrons en foire. Ainsi, Alkadi serait encarté au Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA) et Maiga à la Plateforme (mouvements d’autodéfense). Le hic, c’est qu’Alkadi est plutôt proche de l’aile pro-gouvernementale du MAA alors que son collègue de la Plateforme n’a rien à voir avec la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA). Or, c’est la CMA, ce creuset d’égorgeurs et de séparatistes, qui fait la loi à Kidal, Ménaka et Taoudéni, bref dans le nord. Souvenez-vous qu’il y a quinze jours, la CMA a démoli à la hache des bâtiments administratifs de Kidal au motif qu' »ils violent les règles d’urbanisme de l’Azawad ». Si la CMA ne légiférait pas à la place de l’Etat, comment déclarerait-elle « illicites » des bâtiments étatiques ? En tout cas, à la place des deux nouveaux gouverneurs, je me fierais, non pas aux décrets et autres paperasses, mais aux sages conseils du colonel Kamissoko qui, pour survivre pendant des années en ces hauts lieux de trépas, a développé un sixième, voire un septième sens. Gao étant déjà occupée par les bureaux de Kamissoko, pourquoi ne pas installer les gouvernorats de Ménéka et de Taoudéni à Ségou ?

 
Comme s’il avait sur le septentrion le même contrôle que sur le palais de Koulouba, l’Etat malien s’amuse, depuis 2012, à opérer de nouveaux découpages territoriaux. Exactement comme un boucher ruiné qui découperait sur le papier un boeuf qui a fui l’enclos. Ou encore un coiffeur qui raserait les crânes des clients en leur absence ! C’est vrai que Ladji Bourama, qui entend mettre en oeuvre ces découpages décidés avant son élection, se sent fort à l’aise dans les calculs imaginaires. N’a-t-il pas rapporté de Chine 5000 milliards en bois ? Quant aux 2000 milliards promis par son très charitable ami socialiste, François Hollande, personne n’en voit la couleur. Les diseurs de bonne aventure croient savoir que les premiers milliards promis ne tomberont dans les caisses publiques qu’au retour de Jésus sur notre planète. C’est peut-être parce qu’il savait tout cela qu’au lieu de commencer par célébrer en grande pompe la pluie de milliards annoncée, Ladji Bourama, le soir même de son retour de Paris, a vertement tancé un certain « petit monsieur », faisant, du coup, oublier les questions d’argent !

 
Or donc, au lieu de resserrer le nombre d’entités administratives pour mieux les gouverner avec nos maigres moyens financiers et militaires, nous voilà dotés d’une liste de régions longue comme la Route Nationale n°6. Comptez avec moi ces régions en papier peint: district de Bamako, Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti (à la demande du chef terroriste Amadoun Kouffa ?), Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudéni, Ménaka, Nioro (tiens, tiens, le Chérif a sa part!), Kita, Dioïla, Nara, Bougouni, Koutiala, San, Douentza et Bandiagara. Soit, pour l’instant, 20 entités régionales (rien que ça !). Il ne reste plus qu’à ériger en régions la ville de Kati , en souvenir de la défunte junte ! A ce train, il y aura bientôt un gouverneur ou un préfet dans chaque rue et il n’y aura plus qu’à sortir la tête par la fenêtre pour parler aux sous-préfets postés sous les arbres! A travers cette fourmilière de régions, Ladji Bourama veut-il convaincre les braves citoyens que le découpage territorial concerne aussi bien le nord que le sud ? Si telle est son idée, elle souffre de graves défauts : elle exporte, sans nécessité, au sud les insolubles problèmes du nord; de plus, elle augmente le nombre de collectivités décentralisées au moment où, à l’instar du district de Bamako, les 703 communes existantes n’ont même pas assez de ressources pour ramasser leurs ordures domestiques. Sans compter qu’à la faveur de cette inflation de régions et de communes, les trafiquants de parcelles se multiplieront à l’infini au grand dam du ministre démolisseur, Maître Bathily, qui va devoir se saigner à blanc pour recruter du personnel et acheter de nouveaux bulldozers!

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