CHRONIQUE SATIRIQUE: LES NOMADES RETROUVENT LE SOURIRE

Il y a deux catégories de politiciens: les sédentaires et les nomades. Si les premiers mangent, boivent et dorment à tête reposée, les seconds n’ont, quant à eux, rien d’assuré: ils doivent gagner leur pain à la sueur des…pieds. Ainsi va la vie car Allah soubhana wa tallah, dans son infinie sagesse, n’a pas donné aux hommes le même destin: aux uns, il a donné de la nourriture et aux autres, il a donné de l’appétit. Messieurs les nomades et transhumants, qui ont le flair très aiguisé et les jambes fort agiles, ont afflué en masse à Sébénicoro dès l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle qui attribuaient à Ladji Bourama près de 40% des voix. Donc 40% de chances de siéger à la tête de la marmite nationale. Il fallait se dépêcher pour rejoindre l’heureux candidat et se signaler à sa haute (et nourrissante) attention. L’histoire ne dit pas si nos braves voyageurs sont venus en terre promise de Sébénicoro à dos d’âne, à dos de chameau ou en bateau. Nul ne sait non plus si certains ont loué un Boeing 737. EN tout cas, grand seigneur, Ladji Bourama a ouvert sa porte à la dense foule des migrants (qu’ils viennent de Bamako ou de Syrie) et dès qu’il a pris ses fonctions de premier magistrat, il a commencé à leur servir du thé au miel. Problème: Ladji porte un grand amour au latin et au grec alors que la plupart des nomades croyaient ces langues mortes et enterrées avec Platon. D’où certaines déconvenues alimentaires sous les tentes du HCR, pardon!, sous les tentes nomades…

 
Ayant un bon niveau grammatical et spécialisé dans la liquidation des juntes militaires, le nomade en chef Soumeylou Boubèye Maiga obtient bien vite un gigot digne de son rang: le ministère de la Défense. Il ne le perdra qu’à la suite d’une débâcle inattendue de l’armée à Kidal. Autour de la table aux friandises, Maiga est imité par bon nombre de ses pairs nomades comme Moussa Mara qui, à force de squatter les mosquées et de pourfendre les avions « sans papier », finira sa course à la primature (rien que ça!). Pendant ce temps, d’autres transhumants, quasiment oubliés par leur présidentiel hôte, étaient réduits à ruminer le peu de plats distribués aux portes du palais. Nos compères pleuraient toutes les larmes de leur corps lorsqu’ils entendaient Ladji Bourama gronder devant les caméras: « Nul ne sera invité au banquet, s’il ne le mérite! ». Or, en fait de « mérite », il fallait conjuguer les verbes au subjonctif, chose impossible pour le commun des nomades. Le départ de Téréta du gouvernement et la volonté de Ladji Bourama d’élargir sa base politique leur profitent à souhait. Car à présent, Ladji commence à leur tendre quelques gros pains au raisin.

 
Dramane Dembélé, candidat évadé (avec armes, programme et fouchette) de l’ADEMA, s’en sortira ainsi avec un morceau royal: le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat où, aux dernières nouvelles, il a fait un sacré tabac lors de la distribution des logements sociaux de N’Tabacoro. Les mauvaises langues parlent même d’un cybercafé où des listes de bénéficiaires auraient été nuitamment dressées. Le 18 août 2015, Racine Seydou Thiam, président et candidat défait du parti Convergence d’actions patriotiques (CAP) est nommé directeur de la communication de la présidence de la République. Depuis, il multiplie les discours et les cérémonies, tout en se gardant de parler d’avions, d’équipements militaires et d’engrais frelatés.
Autre migrant réhabilité: Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise, président du parti CDS. Depuis le 3 octobre 2014, Blaise figure dans le lot des conseillers spéciaux de Ladji Bourama dont il est même, officiellement, le porte-parole. Le problème, c’est que Ladji n’a pas besoin de conseils et ne sollicite jamais personne pour porter sa parole. Du coup, notre ami Blaise se morfond dans un mini-chômage qui lui rappelle fâcheusement la période de vaches maigres où le président Alpha Oumar Konaré lui avait refusé un strapontin ministériel.

 
Après avoir « accompagné » (c’est l’expression favorite de tous les nomades !) l’ancien président Amadou Toumani Touré, le prrésident du parti FAMA, Amadou Soulalé, fut l’un des premiers à rejoindre Ladji Bourama, bien avant le coup d’Etat de 2012. Il vient d’être grassement récompensé par un poste d’ambassadeur au Burkina Faso. Peut-être qu’il nous reviendra avec un diplôme en Mossi ou en Moré, qui sait ?
Konimba Sidibé, promoteur du parti MODEC, vient, pour sa part, d’obtenir le ministère chargé de la Promotion des investissements et du Secteur privé. Ce transfuge du PARENA, qui déteste les « hassidis » au même titre que Ladji Bourama, va sans doute faire de son mieux pour ramener au bercail les 5000 milliards promis par les Chinois et les 2000 milliards promis par la France. Vaste programme! Oumar Ibrahim Touré, président du parti APR, vient lui aussi de recevoir un clin d’oeil du ciel, pardon!, de Ladji Bourama. Ancien ministre de la santé sous ATT, ce transfuge de l’URD est, depuis le 19 janvier 2016, le tout nouveau commissaire à la sécurité alimentaire avec rang de ministre. Pas sûr que son « rang de ministre » lui épargne des critiques quand, dans deux ou trois mois, la famine frappera à nos portes pour cause d’engrais frélatés!

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