CHRONIQUE SATIRIQUE: LES ÉTRANGETÉS DE LA CRISE MALIENNE

Chaque fois que je songe à la situation du nord malien, j’ai des maux de tête. Rien, dans cette affaire, ne me paraît normal; tout, au contraire, me fait penser à un sorcier qui marche sur la tête, les pieds en l’air. Les choses étranges que je note montrent combien la gestion de la crise qui secoue notre pays nous échappe et à quel point nous sommes tombés dans la gueule du…loup, un féroce animal dont vous savez qu’il n’est pas malien. Je m’en vais vous citer quelques bizarreries qui me laissent pantois.

L’expression « nord du Mali »

Vous constatez que comme moi, tout le monde, y compris Ladji Bourama lui-même, parle du  « Nord du Mali » pour désigner les régions que vous savez. Mais s’agit-il vraiment du nord ? Que non! Il s’agit de régions plutôt situées au levant, donc dans la partie « Est » du territoire. En conséquence, on aurait dû parler de l‘ »Est du Mali » et non du « nord du Mali ». Mais voilà: parce que les Blancs ont utilisé cette expression, chacun et tous la croient juste et nul géographe ou historien malien n’y trouve plus à redire. Sauf les Bambaras qui, dans leur immense sagesse, font toujours état de « koronfèla » (partie Est du Mali).

L’expression « Accord d’Alger »

A la radio-télévision nationale comme dans les salons diplomatiques, la seule expression utilisée pour désigner les  conventions signées entre l’Etat malien et les rebelles de la CMA est « Accord d’Alger ». Je m’en étonne. En effet, l’Accord de paix du 15 mai 2015 a été signé à Bamako, en l’absence de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad). Pourtant, nul ne mentionne un quelconque « Accord de Bamako ». Que je sache, Bamako n’équivaut pas à Alger ! Mais passons…

Quand, le 20 juin 2015, un avenant à l’accord a été concocté entre les parties à la demande des rebelles, le nouveau document a été solennellement signé lui aussi à Bamako. Pourquoi alors continuer à parler d’« accord d’Alger » ? Qui y a intérêt ?

Mission des forces internationales

En principe, la force militaire de l’ONU s’est déployée dans notre pays pour y apporter la stabilité, surtout au plan sécuritaire. Je crois avoir lu dans la résolution n° 100 du Conseil de sécurité de l’ONU que la MINUSMA a aussi mandat de lutter contre le terrorisme et d’aider l’Etat malien à exercer son emprise sur l’ensemble de son territoire. Voilà pour le papier. Mais que voit-on dans les faits ? 11.000 hommes qui se baladent à grands frais de contrée en contrée, sans parvenir à déceler ni à arrêter les attaques terroristes qui endeuillent à la fois le nord (ou l’Est si vous m’en croyez !) et le centre du pays. Moi, je ne suis ni général ni colonel; je me sens donc en droit  de demander aux hauts gradés de la MINUSMA à quoi leur servent leur arsenal: chars, hélicoptères dernier cri, drones, et patati et patati. Si avec tous ces machins, une force internationale que l’on dit pétrie d’expérience  n’arrive pas à mettre en échec quelques terroristes en motos ou en charrette, il y a de quoi perdre son latin! Je commence à comprendre pourquoi, depuis quelques semaines, notre cher Ladji Bourama ne parle plus ni grec ni latin. Mais plutôt un gros bambara tout droit sorti du terroir mandingue. Rien n’est fortuit…

La MINUSMA compte en son sein un service de renseignements qui, à moins de porter des lunettes en bois, sait parfaitement que la CMA et les groupes dits terroristes constituent des vases communicants, pour ne pas parler de frères siamois. Pourtant, depuis leurs bureaux lambrissés de Manhattan, les grands patrons de l’ONU prétendent que le Mali doit discuter avec la CMA (considérée comme de paisibles hommes bleus du désert) et non avec les « terroristes » (les Iyad Ag Ghali et consorts). Question: comment distinguer la CMA des « terroristes »? Il va falloir que le secrétaire général de l’ONU nous prête ses tables de géomancie ou sa boule de cristal! On me répondra que  la CMA, contrairement aux groupes terroristes, est une force malienne acquise à la paix: je rétorque que la paix, version CMA, revient à diviser le pays par la force et que si la CMA ne peut pacifier  le territoire qu’il revendique (le fameux Azawad), le Mali perd son temps à négocier avec elle. Dès lors, en excluant la CMA de son champ d’attaque, la MINUSMA et sa grand-mère, la force française Barkhane, se comportent comme un médecin qui veut soigner le patient en évitant soigneusement le virus. Nul besoin d’un diplôme de Harvard pour deviner qu’une telle maladie ne finira jamais et qu’au bout du rouleau, le malheureux malade va crever. Surtout que le médecin, en véritable charlatan, ouvre tous les jours une nouvelle plaie (en l’occurrence, en créant le « G5 Sahel ») tout en rechignant à payer les pansements (budget du « G5 Sahel »).

En définitive, la crise malienne me rappelle la fable de la Fontaine où deux  parties se disputent une moule et prennent pour juge un pélican: ce dernier, de son long bec, ouvre la moule, gobe la chair et tend une coquille à chaque plaideur…

Tiékorobani

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