Chronique satirique: le folklore des autorités intérimaires

La répartition des Autorités dites intérimaires tourne au partage du gâteau. Et comme à ce grand banquet de l’universel, Ladji Bourama a oublié quelques convives, ils font du bruit à la porte de la salle. Pour une raison bien simple: ils ont faim!

L’un des principaux oubliés s’appelle Congrès pour la Justice dans l’Azawad (CJA). C’est un groupe armé qui, comme son nom l’indique, demande la « justice » dans le partage du gâteau. Comme il est sorti brédouille du festin, il encercle Tombouctou, sans aucun respect pour les 333 Saints qui y reposent. S’il n’obtient pas sa part de pain au raisin,  le CJA, conduit par un certain Ehameye Ag Mohamedoun, est décidé à ne laisser aucune Autorité intérimaire dans la ville le 6 mars. Avis aux cuisiniers…

A Gao, les Autorités intérimaires ont pris leurs quartiers mais tout laisse penser qu’elles n’exerceront aucune autorité sur qui que ce soit. La jeunesse locale ne veut pas les voir en peinture; de plus, le CMFPR 2, groupe armé membre de la Plateforme menace de faire parler la poudre s’il n’intègre pas les structures intérimaires au plus tard le 15 mars. Sa part de gâteau, quoi!

A Kidal, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) avait mis son veto à la prise de fonctions des Autorités intérimaires. Motif: le nouveau gouverneur n’est pas issu de ses rangs même si sres fonctions sont purement honorifiques, le vrai pouvoir revenant au président intérimaire du Conseil Régional. Pour ramener la CMA à de meilleurs sentiments, n’emeune partie ensuite, il a fallu lui donner (encore une fois!) des promesses. Lesquelles ? Secret défense ! Mais comme à son habitude, nos bandits armés attendront de mettre la main sur ce qui a été promis pour poser aussitôt de nouvelles exigences. Ils ont bien compris que pour bien vivre, il faut transformer l’Etat malien en vache laitière.

Quant aux Autorités intérimaires des régions de Ménaka et de Taoudenni, elles vont, certes, s’installer mais pour gouverner quoi? Des dunes de sable ? Des enclos de chèvres ? Le vieux bagne de Taoudenni? Il faudra jeter des cauris pour le savoir car ces régions ont été créées sur le papier sans que quiconque étudie leur viabilité socio-économique. Ainsi va la gestion des affaires publiques dans les contrées azawadiennes…

Alors maintenant question: de quoi vivront les Autorités intérimaires ? Nul ne le sait car là aussi, tout est religieusement caché au bon peuple que l’on dit pourtant souverain. Il faut dire que dans les questions azawadiennes, la primauté de la Constitution et des lois s’incline face au diktat des canons. Une forme avancée de démocratie enturbannée sans doute…En tous les cas, je ne serais pas étonné de voir les Autorités intérimaires créer de nouveaux impôts et taxes sans consulter les députés du Mali. Après tout, de quel droit l’Etat voisin du Mali se mêlerait-il des affaires intérieures de l’Azawad au point d’empêcher ce grand pays de voter son propre budget ?

Une autre question me vient à l’esprit: les Autorités intérimaires agiront-elles au nom du Mali ou de l’Azawad ?  Souvenez-vous que tous les présidents des Autorités sont des Ag et des Ould qui se déclarent partisans de l’Azawad et qui doivent leur bonne fortune au fait d’avoir porté les armes contre le Mali. Leurs « militants » et combattants accepteront-ils de voir, après la victoire, le drapeau malien flotter sur les édifices publics ? Et au cas où le drapeau malien ne flotterait pas dans les nouvelles régions, quelle armée obligerait les Autorités intérimaires à le hisser chaque matin sur le mât, au son de l’hymne national du Mali ?

Dernière interrogation: quel sera le sort des Autorités intérimaires après les futures élections régionales ? Parvenues au pouvoir par les armes, ces fameuses Autorités ne sauraient être battues dans les urnes. A Kidal, par exemple, qui oserait se porter candidat contre le colonel Hassan Ag Fagaga, père de la rébellion et maître militaire de la ville ? A supposer que quelque tête brûlée (genre « hassidi » de l’URD ou du PARENA) se présente contre lui aux élections, comment ledit candidat battrait-il campagne dans une zone minée par Fagaga et quadrillée par ses seuls hommes ? Supposons encore que le candidat « hassidi » gagne le scrutin, comment gouvernerait-il une cité où même l’armée malienne ne peut mettre les pieds ? En somme, les Autorités dites intérimaires sont plutôt des Autorités permanentes. Quiconque raconte autre chose vend des salades.

Tiékorobani

Catégories : Chronique satirique,MALI

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