Chronique satirique: la crise malienne nourrit de beau monde

La crise malienne ne finira pas de sitôt car il y a du beau monde qui en vit. De quoi donner une indigestion à conférence d’entente nationale

La crise, je veux dire la guerre qui sévit au nord depuis 2012 n’est pas près de finir. Au contraire, chaque jour qu’Allah souhana wa tallah fait, elle s’étend allègrement au centre et au sud du pays. La raison ? Une denrée qui nourrit son homme se vend comme de petits pains et, bien sûr, s’exporte aisément. Un peu comme le café ou cacao, quoi ! Trop de gens vivent du désordre  ambiant pour qu’on y trouve le moindre début de solution. D’où les médiations interminables, les accords sans lendemain et les grimaces de paix qui se deroulent du matin au soir et du soir au matin. Voici une liste (sommaire et provisoire) de ces bonhommes, structures et machins qui vivent de la crise et qui mourraient de faim en cas de retour de la paix.

Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA)

La CMA est ce groupe de bandits armés qui ont chassé l’armée et l’administration maliennes de Kidal et environs. Pas par des incantations, mais à coups de gourdin et de canon. On sait que la CMA occupe Kidal. Ce qu’on oublie souvent, c’est qu’elle contrôle, sans y résider physiquement, le reste du nord, ne laissant à nos forces armées et de sécurité que quelques grandes villes. Et encore dans ces villes, elle se débrouille pour déposer de temps à autre des bombes et des engins piégés. De janvier 2012, date d’invasion du nord, à nos jours, les hordes jihado-séparatistes de la CMA vivent sur un pied de roi. Leur secret ? Acheter et vendre des armes, mais aussi convoyer dans le désert et moyennant finances, les camions de drogue à destination de la Libye. Avec le trésor de guerre ainsi constitué, nos amis enturbannés ont de quoi payer leurs combattants rubis sur l’ongle. Comme ils n’ont ni champs, ni étangs piscicoles, ils importent chaque jour de l’Algérie voisine des cuisses de dinde et de l’eau minérale. Sans compter le méchoui local. Dans les prochaines années, les joyeux compères comptent sur leurs alliés occidentaux pour leur offrir une rente à vie sur les mines de diamant, d’or, de pétrole et d’uranium qui seront découvertes sous le sable.D’où l’intérêt pour la CMA de raconter des salades (de paix) au gouvernement malien et de continuer à occuper tranquillement le nord.

Al-Qaida

Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) aurait dû, comme son nom l’indique  rester au Maghreb, surtout que le Maghreb est bel et bien islamique depuis la nuit des temps. Mais très vite, AQMI a compris tout l’intérêt de mettre dans sa besace l’immense désert malien où, alhamdoulillah, il y a à boire et à manger, à manger et à boire: des ressources naturelles à exploiter, des otages occidentaux à capturer et des autoroutes de trafic vastes comme des océans. AQMI n’ayant pas assez de troupes pour mener à bien tout ce programme plus épaix que le programme « Mali d’abord inchallah », le groupe travaille main dans la main avec la CMA qui lui sert d’éclaireur, de sous-traitant, d’exécuteur de missions locales et de couverture politique. Croyez-moi si vous voulez, mais le grand manitou d’AQMI, Abdelmalek Droukdel, se tord de rire chaque fois que les Français et leur disciple malien s’amusent à le qualifier, lui, de terroriste alors que ses supplétifs de la CMA sont qualifiés de « Maliens à part entière acquis au dialogue ».

France

Autrefois superpuissance planétaire, la France s’est laissée aller à son sport favori (les politicailleries) jusqu’à ce qu’un beau jour, il tombe sous le joug d’Adolf Hitler. Libérée en 1944 grâce à l’armada alliée conduite par le couple américano-brittanique, elle n’a pas cessé, depuis, de perdre des rangs. Au point qu’il y a quelques semaines, l’ineffable Donald Trump a lâché en secouant la tête: « La France n’est plus la France ! ». Au train où vont les choses, le pays de Naopoléon risque de se faire bientôt distancer au plan économique, politique et militaire par de petits poucets comme l’Inde, le Brésil, et même, suprême injure, par le Mexique, un pays si misérable que Donald Trump veut l’isoler derrière un mur. Pour continuer à assurer à ses citoyens trois bons repas par jour, la France a donc le plus grand besoin de récupérer ses anciennes terres coloniales, notamment le Sahel. Ne pouvant le faire par voie d’invasion comme au bon vieux temps, elle allume des feux pour venir jouer ensuite les pompiers de service. Problème: quelques leaders nationalistes locaux avaient compris son jeu: Moussa Traoré, Hissène Habré, Thomas Sankara et consorts. Elle a trouvé le moyen de les chasser du pouvoir. Le dernier gardien du temple nationaliste, le Libyen Mouammar Khaddafi, a, pour sa part, été dépécé comme un mouton par des rebelles manipulés l’Elysée. Quant au « Vieux Commando », qui faisait des chichis pour offrir une base militaire aux Français, il a dû  s’enfuir de son palais à dos d’homme un certain 22 mars 2012.

A présent, plus personne n’empêche la France de faire ce qu’elle veut au nord-Mali. Et comme le nord-Mali ne suffit pas à la nourrir, elle a créé une force  couvrant tout l’espace sahélo-saharien: Barkhane. Eh bien, Messieurs Dames, voilà le marché: les dirigeants qui obéissent à Paris au doigt et à l’oeil reçoivent des éloges et font de vieux os à la tête de leur marmite nationale; ceux qui ruent dans les brancards sont abandonnés aux bandits armés affublés du qualificatif de « djihadistes » ou de « terroristes ». Dans quelques années, la France n’aura plus à payer un franc pour l’uranium, cette denrée rare qui fait fonctionner 80% de son réseau électrique, donc de son économie. De l’uranium, il y en aura en effet, à foison et à gratis au Sahel et aucune armée locale pour le sécuriser contre Barkhane. Cerise sur le gâteau, il pourrait aussi y avoir de l’or, de l’or noir,  du gaz naturel et j’en passe… Dans ces conditions, pourquoi la France laisserait-elle la crise du nord-Mali prendre fin ? Pourquoi s’obligerait-elle à partager avec 17 millions de Maliens des ressources qu’elle peut partager avec une poignée de bandits armés qui cherchent juste à prendre du thé à la menthe et à danser du takamba ? Pourquoi ne ferait-elle pas en sorte que la plaie malienne se gangrène au point de contaminer les pays voisins les plus fragiles (Burkina, Niger, Sénégal, Côte d’Ivoire)?

MINUSMA

C’est bien connu: quand on veut manger en paix, il ne faut pas manger seul. La France, en tant qu’ex-puissance coloniale, se sait suspecte en terre sahélo-saharienne; elle a usé de stratagèmes pour diluer son action dans celle d’un ensemble plus grand: l’ONU. A coup de résolutions toutes plus bidonnées les unes que les autres, voilà la MINUSMA installée sous nos  tropiques. Bien entendu, le bras armé de cette fameuse mission onusienne n’est autre que la Force française Barkhane et son assise diplomatique le Quai d’Orsay. Les casques bleus du Tchad, de la CEDEAO et compagnie? Simple maquillage et, accessoirement, une manière pour ces armées pauvres de ramasser un peu de pécule ! Les casques bleus allemands et chinois ? Des convives de la généreuse France qui, je le répète, ne peut manger seule. Mais attention: elle reste la maîtresse de maison et c’est elle qui sert la table. Elle a ainsi chargé les Allemands d’une mission de convoyage de matériels sur l’axe Gao-Niger; quant aux Chinois, ils ont été chargés de travaux d’assistance médicale. L’histoire ne dit pas si ces braves Allemands et Chinois n’ont pas eux aussi apporté des foreuses et des détecteurs de pierres précieuses…

Détail intéressant: aucune mission de la paix de l’ONU n’a ramené la paix ni n’est rentrée chez elle. Par exemple, celle de Corée perdure depuis 1951, celle du Liban depuis 1967.

Algérie

L’Algérie aurait dû, selon les plans initiaux, subir le même sort que le Mali. Elle a eu la chance d’avoir bâti une puissante armée qui lui a permis de imposer à la France comme une partenaire à part entière plutôt qu’une proie à avaler. Elle a donc pu ouvrir sa propre boutique dans le désert malien où elle écoule ses terroristes, effectue ses propres explorations minières et monnaie cher son soutien aux manigances des puissances occidentales. Pour ne pas se laisser bousculer, l’Algérie s’est arrogé le rôle de médiateur dans la crise malienne, laquelle ne se résoudra jamais sans elle. Et puisqu’elle n’a aucun intérêt à ce que le Mali recouvre sa souveraineté sur le pré-carré algérien de Kidal, elle s’arrange pour que la crise malienne s’inscrive dans l’éternité. C’est-à-dire jusqu’au retour annoncé de Nabilaye Jésus sur terre…

Plateforme

Les milices d’autodéfense dites de la Plateforme prétendent défendre les intérêts du Mali. Foutaises ! En réalité, elles défenent leurs intérêts propres. A preuve, le GATIA s’est réconcilié avec la CMA sans avertir le Mali; les deux groupes ont à nouveau déterré la hache de guerre sans le concours de l’Etat malien. Quand, lors de leurs retrouvailles, ils proclamaient la primauté des accords d’Anéfis sur ceux d’Alger, ils n’avaient jugé utile de consulter Bamako. En fait, le GATIA et les autres milices dites pro-Mali cherchent à profiter des divers trafics qui se mènent au nord. Quand il s’agira de cantonnement ou de réinsertion, ils entendent placer leurs combattants autour de la mangeoire. Pour l’instant, le gâteau le plus juteux à partager réside dans les Autorités intérimaires où, bien entendu, la Plateforme a eu sa part. Membres de la Commission de suivi des accords de paix, ses représentants empochent au gré des sessions plusieurs millions de nos francs. La Plateforme n’a pas, par conséquent, un intérêt spécial au retour de la paix au nord car alors, elle n’aura ni conseil régional à gérer, ni primes à encaisser, ni aucune importance aux yeux des autorités et populations maliennes.

Narcotrafiquants

Certes, dans le désert, chacun se livre à quelque trafic, mais il y a des groupes spécialement et exclusivement dédiés au trafic de drogue.  Ils ont des pactes avec des Colombiens, des Bissau-Guinéens et autres marchands internationaux de poudre blanche. Rien que d’entendre parler de paix, ils poussent des boutons de fièvre car comment trafiquer à son aise en temps de paix, avec, à chaque carrefour, un poste de police ou de gendarmerie ? C’est pourquoi ces gens-là tombent à bras raccourcis sur tout ce qui ressemble à un poste de sécurité pour ne laisser susbister aucun obstacle à leur  lucratif commerce. Je vous l’assure: ils ont de hauts relais dans les armées de la sous-région et ne se gênent pas de donner aux groupes armés des renseignements (vrais ou manipulés) afin que la guerre reprenne de plus belle.

Conférence de dupes

Voyez-vous, c’est tout beau monde qui se retrouvera lors d’une conférence dite d’entente nationale le 27 mars 2017. L’objectif est de permettre à tous d’émettre leurs doléances et de recevoir une réponse. Mais franchement, vous imaginez quelqu’un venir dire devant l’auguste assemblée qu’il veut librement trafiquer et souhaite, pour cette raison, que le nord-Mali échappe à tout contrôle ? La sincérité étant d’avance exclue des débats, ils ne serviront donc à rien et on se retrouvera Gros Jean comme devant…

Tiékorobani

Catégories : Chronique satirique,MALI

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