Chronique satirique: Des fonds pour battre campagne

Comment appelle-t-on un politicien pauvre comme Job ? Un clown, pardi! C’est pour pas ne ressembler à un troubadour du genre que je n’ai pas encore créé mon parti. Je ne veux pas connaître le sort d’un de mes amis (souffrez que je taise son nom!) dont les militants tiendraient dans une cabine téléphonique et dont le parti a pour principale activité de pondre des communiqués. J’ai conseillé à mon ami de faire des communiqués de soutien à  Ladji Bourama mais, têtu comme une mule, il préfère raconter autre chose. Du coup, tout chef de parti qu’il est, ses boubous ont sacrément blanchi du dos et sa vieille voiture tombe régulièrement en panne sèche. Pis, ses chaussures paraissent tout droit sortir d’une poubelle (voir photo ci-contre). J’espère qu’à la longue, il apprendra ce que signifie la démocratie à la sauce tropicale. Cela lui éviterait au moins d’aller s’endetter pour payer la caution financière exigée des candidats à la présidentielle et de finir bon dernier à l’issue du scrutin.

Bon dernier: voilà le score qui attend tout candidat qui ne roule pas sur l’or en 2018. Il y a, en effet, quantité de dépenses au programme: des pagnes WAX pour les femmes, des ballons pour les enfants, des coupes sportives pour les jeunes, des espèces sonnantes et trébuchantes pour les chefs de villages, le prix de colas pour les chefs religieux, des motos pour les équipes de campagne, des frais de mission pour les émissaires et, bien entendu, des valises noires pour acheter les électeurs sous les arbres le jour du vote. Sans compter la location de SOTRAMA, l’organisation de meetings et les voyages à l’intérieur. A vue de nez, il faut débourser la bagatelle de 6 milliards de nos francs pour faire figure honorable lors de la compétition présidentielle. Où donc trouver cette fortune dans un pays où les bailleurs de fonds se dirigent tous vers l’Azawad, où les banques vont de grève en grève et où les marchés publics ne tombent pas dans l’escarcelle du premier venu ?

A mon avis, malgré ses récents déboires référendaires, Ladji Bourama garde des chances de rempiler. Il est le seul à pouvoir mobiliser sans peine le budget que j’ai évalué tantôt. Il lui suffirait de vider sa caisse noire de l’année et de lancer un message aux nombreux ministres et directeurs qui ont fait de respectables économies pour leurs vieux jours. Bien sûr, il y aura aussi les contributions des nomades qui, depuis 2013, ont migré avec armes, bagages et…cuillères chez Ladji. Ah, j’oubliais! Ladji a également de solides amitiés au Qatar, mais aussi en Arabie saoudite dont le Roi, Sa Majesté Salam, a remis  à l’hôte de Koulouba la médaille de « Grand Wissam », la plus haute distinction royale. Et ce n’est pas tout: l’un des atouts secrets de Ladji Bourama est sa capacité à empêcher ses concurrents de gagner du fric. Par exemple, tout commerçant malien qui dînerait avec les « Hassidi » et assimilés pourrait recevoir une visite de courtoisie des impôts ou de la douane. Quant aux chefs d’Etat étrangers, ils ne violent jamais une règle de base de leur syndicat: ne jamais recevoir l’opposant de l’un d’entre eux. Si, après tout cela, Ladji ne raflait pas le pompon, ce serait à désespérer de la politique…

Tiékorobani

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