Chronique: les investisseurs étrangers boudent le cinéma

Du 7 au 8 décembre, on a assisté à une session de grand bavardage dont notre pays a le secret. Il s’agit du forum « Invest   in Mali ». Quelqu’un s’est amusé à donner à ces assises un nom anglais au lieu de dire simplement « Investir au Mali ». Avec l’anglais, l’affaire prend, bien sûr, un petit air d’exotisme et de grand business. Mais dans les faits, il n’en est rien…

Voyez-vous, le moment le plus intense fut le discours de Ladji Bourama. Comme à son habitude, l’hôte de Koulouba a manié de belles formules grecques et conjugué les verbes, voire les adverbes au subjonctif, sans songer que la Grèce est elle-même en faillite depuis des années et que les hommes d’affaires n’entendent rien au subjonctif.

Eh, justement! D’hommes d’affaires, je n’en pas vu beaucoup à ce forum! Il y avait là, certes, quelques patrons maliens vendeurs de riz, de haricots et de patates, mais pour ce qui est du banc des investisseurs étrangers, il semblait vide comme un cimetière. Pas de Vincent Bolloré. Ni de Pierre Castel. Ni même le PDG de Randgold qui, pourtant, extrait l’or malien depuis le siècle de Noé. Les rares têtes blanches ou jaunes que j’ai remarquées dans la salle des cérémonies n’avaient rien de bien rutilant; elles ressemblaient, à s’y méprendre, à des otages récemment libérés par AQMI.

Résultat de tout ce machin: une annonce de 36 milliards de FCFA de promesses de financements. A peine de quoi remplir les greniers de Bougouni ou de Kolokani. On est, en tout cas, loin des pompeux objectifs affichés par le Forum: « permettre aux investisseurs étrangers de découvrir les facilités qui leur sont destinées et les opportunités concrètes, projet par projet, que le Mali a à leur offrir ».

En vérité, les rencontres de ce genre feraient recette dans des pays paisibles comme le Sénégal ou la Namibie; mais elles n’ont aucune chance de réussir dans un contexte comme le nôtre. Notre pays patauge, en effet, dans une quadruple insécurité qui fait fuir les investisseurs les plus têtus:

* Insécurité législative: Les députés votent, sans les lire, des lois importées de l’étranger et que le gouvernement se hâte d’enterrer au premier grognement de la rue;

*Insécurité judiciaire: chaque juge malien a sa propre interprétation des lois et chaque tribunal sa propre jurisprudence; du coup, il vaut mieux, au Mali, connaître les juges que le droit;

* Insécurité fiscale: Dans un pays où, selon les chiffres officiels, seuls 40% des citoyens paient l’impôt, les services fiscaux prennent l’argent où ils peuvent, c’est-à-dire prioritairement dans la poche des investisseurs étrangers;

* Insécurité tout court: Malgré le très célèbre Arrêt de la Cour constitutionnelle qui parle d’« insécurité résiduelle », l’Etat malien ne contrôle pas les deux tiers de son territoire et nul ne sait quand les hordes séparato-terroristes d’AQMI et de la CMA déferleront sur la capitale…

Et vous voudriez que dans cette galère des investisseurs s’empressent d’apporter leur fortune! Le plus drôle est qu’on ait organisé le fameux Forum, non pas en 2013 dans la foulée de l’élection du nouveau président, mais plutôt à la veille d’élections générales qui s’annoncent houleuses.  A croire qu’en haut lieu, nul n’a consulté le calendrier! Surtout, personne ne s’est souvenu que le gouvernement vient de reporter les élections régionales du 17 octobre pour cause d’insécurité!

Si on m’écoutait, on arrêterait ce cinéma western de mauvais goût. Le Mali regorge de terres arables, dont un million d’hectares dans la la seule zone Office du Niger. Puisque, de sagesse universelle, la terre ne ment pas, nous serions bien inspirés d’orienter nos écoles et notre vaillante jeunesse vers la filière agro-pasto-industrielle pour faire de notre pays le grenier de l’Afrique qu’il a toujours voulu devenir. L’or, le diamant et, éventuellement, le pétrole et l’urnanium constitueraient la cerise sur le gâteau. Le tout couronné par une gestion prudente des revenus. Nous aurions alors l’énorme avantage de vivre de nos propres ressources et non de dépendre, comme on le fait jusqu’à présent, du bon vouloir des investisseurs étrangers. Ces derniers, chacun le sait, sont pilotés par le capital néo-colonialiste dont n’ont jamais eu besoin nos puissants Empire du Ghana, du Mali et du Songhoi.

Tiékorobani

Catégories : Chronique satirique,MALI

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