Boycottée de toutes parts, la conférence d’entente a-t-elle encore de l’intérêt?

Prévue par l’article 5 de l’Accord pour la paix et réconciliation, la conférence d’entente nationale s’ouvrira, en théorie,  ce lundi 27 mars 2017 à Bamako. Elle est censée être organisée durant la période dite intérimaire pour débattre, entre autres, de la problématique de l’Azawad (le vocable, son sens politico-social), des moyens de solutionner la douloureuse crise du nord, des doléances des différentes composantes du pays et de la promotion d’une véritable réconciliation nationale. Le problème, c’est que le gouvernement n’arrive pas à la tenir avec le concours de tous les acteurs, ni même d’un minimum d’acteurs. Les principaux acteurs de la crise annoncent qu’ils ne seront pas du rendez-vous. Si les groupes armés de la CMA (rébellion) et de la Plateforme (milices d’autodéfense pro-Mali) ont décidé de boycotter les assises, d’autres comme les associations culturelles Ginna Dogon, ont été purement et simplement oubliées.

   Préparatifs

Pourtant, le président de la Commission d’organisation, Baba Hakib HAIDARA, croyait avoir fait du bon travail. Lors d’une récente rencontre avec les diplomates européens, il a fait le bilan des préparatifs. Selon lui, des  rencontres ont eu lieu avec les responsables des partis de l’opposition qui l’auraient assuré de leur volonté de prendre part à cette rencontre, sans cependant dire clairement s’ils y participeront ou pas.  Il a précisé qu’un seul parti de l’opposition (il n’en a pas dévoilé le nom), a déclaré rejeter l’Accord de paix ainsi que la Conférence d’entente nationale.  Haidara dira que des rencontres ont aussi eu lieu avec les centrales syndicales dont trois se sont inscrites dans la dynamique de la Conférence. Mais la CSTM, l’une des deux plus grandes centrales syndicales (après l’UNTM), a souhaité rester à l’écart de la Conférence. « Le travail de sensibilisation, a poursuivi Haidara, s’est poursuivi auprès de la société civile, des femmes, des jeunes, des notabilités traditionnelles et religieuses qui ont adhéré à l’initiative ». Toujours selon Baba Hakib Haidara, les représentants des groupes armés se sont inscrits dans la dynamique de la Conférence d’entente. Mais le président de la Commission d’organisation vient d’être démenti par les événements  puisque la plupart des acteurs ont dit non à toute participation la Conférence.

Refus des groupes armés

La Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme des mouvements d’autodéfense ont décidé de ne pas prendre part à la rencontre. Ces groupes armés l’ont fait savoir le dimanche 19 mars à travers une correspondance conjointe adressée au Président du Comité de Suivi de l’Accord. Dans cette correspondance, ils disent avoir été informés très tardivement de la tenue de la conférence d’entente. « Cette date a été fixée unilatéralement par le gouvernement, sans accord préalable des autres parties », indique le document signé par Harouna Toureh de la Plateforme et Sidi Brahim Ould Sidatt de la CMA.

Les responsables des groupes armés dénoncent le fait d’avoir été tenus à l’écart de la rédaction des Termes de référence (TDR) de la Conférence. Ils jugent inadmissible de n’avoir pas été associés à la réflexion menée en amont par la partie gouvernementale. « Ce n’est que très récemment que des TDR nous ont été remis et que nous avons pu  apporter une très modeste contribution par le biais de quelques observations », précise la correspondance.

En outre, selon les groupes armés, les Autorités Intérimaires n’ont pu encore être mises en place au niveau des régions de Tombouctou et de Taoudeni. Le cantonnement des combattants n’est pas effectif et la sécurité n’est nulle part assurée. Pour eux, il s’agit là des préalables à la tenue de la Conférence d’entente.

Les groupes armés dénoncent aussi la timidité des concertations dans le cadre des préparatifs de la Conférence. « A titre d’exemple, la région de Kidal n’a pas été concernée par cette démarche. La problématique de l’Azawad, qui aurait du être discutée comme prévu dans l’Accord, n’a été à aucun moment abordée avec les populations concernées »,  indique la correspondance conjointe.

Cette position de refus des groupes armés a été réaffirmée par eux le 24 mars 2017 dans un communiqué. Dans ce communiqué, ils martèlent que la tenue Conférence à la date prévue par le gouvernement « consacrerait davantage la désunion, qui partout menace nos efforts d’apaisement, plutôt qu’elle ne consacrerait le retour à la concorde nationale ».

Le niet de l’opposition politique

Malgré les assurances du président de la Commission, l’opposition n’ira pas à cette Conférence. Dans une déclaration signée du chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, les partis de l’opposition rejettent la Conférence. Ils déclarent avoir toujours rappelé que l’Accord d’Alger n’est pas un bon accord car il comporterait les germes d’une partition du pays; que l’existence de l’Accord ne doit pas occulter la situation sécuritaire inquiétante dans le nord et le centre du pays; et que la résolution de la crise requiert le dialogue entre les différentes composantes de la nation. Pour les partis de l’opposition, la campagne de sensibilisation gouvernementale autour de cet Accord n’a eu aucun effet bénéfique pour le pays. Ils estiment, par ailleurs, que la Conférence apparaît comme une manœuvre pour faire entériner de facto l’AZAWAD comme une réalité politique, géographique et socio-culturelle. Ainsi,  l’opposition « réaffirme que la seule solution pacifique viable et inclusive de résolution de la crise multiforme que connaît notre pays passe par la tenue d’UNE CONCERTATION NATIONALE INCLUSIVE regroupant l’ensemble des forces vives de la nation autour des problèmes institutionnels, de défense, de sécurité, de gouvernance et de développement ». L’opposition propose donc en lieu et place de la Conférence d’entente, une concertation nationale.

La diaspora dit non

Le Collectif des Maliens de France a lui aussi décidé de s’opposer à la Conférence d’entente nationale. Il l’a fait savoir au cours d’un sit-in devant l’ambassade du Mali à Paris. Lors de ce sit-in, il a dénoncé  le caractère non inclusif et inopportun de la Conférence, les dérives du processus de paix et les insuffisances de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Etaient présentes les associations suivantes : APSM, APM, ADVK, BFM, CADERCAF JUNIOR, COLLECTIF CITOYEN MALI, COLLECTIF MAINS PROPRES, CMFPAIX, CNJMF, CONVERGENCE NORD-SUD, DYNAMIQUE DES FOYERS, EJM, GAO-LAMA, MDDM, SONGHOY-GANDA.

Les grands oubliés

Certaines associations représentant diverses communautés maliennes n’ont pas été associées à la tenue de la Conférence d’entente. Ainsi, l’association culturelle « Ginna Dogon », qui parle au nom de tous Dogons du Mali , n’a pas été consultée ni, encore moins, invitée à prendre part à la rencontre. Il est de même de l’association « Tapital Pulaku », pourtant très en pointe depuis 2012 sur tous les sujets qui touchent au nord et au centre du Mali et qui rappelle que les Peulhs paient le plus lourd tribut à la crise.

Le gouvernement garde espoir

En tout état de cause, le gouvernement maintient la date prévue. Il espère que les différents  acteurs révoltés feront machine arrière. Mais que faudra-t-il attendre de bon d’acteurs venus malgré eux à un débat d’une telle dimension ?

Abdoulaye  Guindo

Catégories : MALI,NORD-MALI

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