Banque Of Africa : Les travailleurs font plier la Direction

Les travailleurs de la Banque Of Africa-Mali (BOA-Mali), suite à une assemblée générale extraordinaire tenue le lundi 29 février 2016 dans l’enceinte de la banque, ont décidé d’aller en grève de 48 heures si leurs doléances ne sont pas satisfaites d’ici au mardi 1er mars 2016, à 15 heures. Nous avons rencontré Daouda Sow, le Secrétaire Général du comité syndical de cette banque. Il explique que depuis un an, le cahier de revendications des employés a été déposé devant la direction qui n’a pas daigné réagir. Les différents points de doléances sont : le paiement du commissionnement à l’acte, la signature de l’accord d’établissement, l’application des accords n° 31, 41 et 47 de la Convention Collective des Banques et Etablissements Financiers du Mali ; l’application du règlement intérieur; l’adoption d’un plan de carrière; la promotion interne des travailleurs; la dotation des guichets en lait; l’augmentation de 70% des primes de caisse; l’augmentation de 60% des salaires, excepté les salaires de base; l’augmentation de 60% du barème des frais de mission ; la signature de la décision de nomination de la directrice des opérations ; la nomination du remplaçant du directeur des « grandes entreprises ».

TENTATIVES DE DIVISION

Aux dires du chef syndical, la direction de la banque avait promis de satisfaire, avant janvier 2016, 12 points de révendications. Or, lors de l’assemblée des travailleurs tenue le lundi 29 février, un camarade se reclamant de la centrale UNTM est venu leur signifier que la direction a reçu le bureau UNTM de la BOA et que c’est par respect pour ce bureau que la direction a accepté de satisfaire les doléances. Colère immédiate de Daouda Sow, le Secretaire Général du comité syndical, qui déduit de cet incident qu’un comité syndical parallèle est en train d’être mis en place avec la bénédiction de dirigeants de la banque.  » Au lieu de satisfaire nos doléances, on veut diviser les travailleurs; cela ne marchera pas ! « , s’insurge Daouda Sow.

SIT-IN ET GREVE

L’assemblée générale du 29 février a décidé qu’au cas où les revendications ne seraient pas satisfaites avant mardi 1er mars, à 15 h, des sit-in seront orgainsés chaque matin devant la BOA de 7 h 30 à 9 h ; ils seront suivis d’un préavis de grève de 48 heures. Pour Sow, « les résultats financiers de la banque ont doublé grâce à la determination des agents, mais le nouveau directeur nous décourage. Comment comprendre que le salaire des 3 collaborateurs marocains de la banque puisse représenter le salaire cumulé de 150 travailleurs maliens ? Ces Marocains ont du culot de prétendre qu’ils font un sacrifice pour venir au Mali ; ils oublient que la BOA existe depuis plus de 32 ans dans notre pays : qu’ils s’en aillent on verra si elle va s’arrêter ! ».

LA DIRECTION PLIE

Au sit-in effectivement tenu le mercredi 2 mars 2016, dans la cour de la banque, à Bozola, les travailleurs ont pris part massivement. Le comité synical a reçu le soutien du Secrétaire Général de la centrale syndicale CSTM, Hamadoun amion Guindo, ainsi que des comités syndicaux des autres banques. Guindo, présent à la manifestation, a déclaré apporter son « soutien aux camarades de la BOA pour leur combat légitime ». Il a ajouté: « On ne peut pas signer des accords conventionnels avec les travailleurs et refuser de les appliquer. Je suis heureux de constater que les camarades des autres banques sont là. Il est fondamental que le patronat comprenne qu’autant il tient à ses droits, autant il doit respecter les droits des autres ». Quant aux travailleurs de la BOA, il les a invités à rester soudés et à se dire que le patronat fera tout pour les diviser.
Pour Hamadoun Bah, membre du comité syndical de la BICIM et haut responsable du SYNABEF (le syndicat des banques et établissements financiers), toutes les banques maliennes sont solidaires des travailleurs de la BOA. « Si le sit-in d’aujourd’hui ne produit pas d’effets par rapport aux revendications, les travailleurs des autres banques maliennes, sur ordre du SYNABEF, sortiront aussi pour faire des sit-in. Nous irons tous en grève avec les travailleurs de la BOA si aucun compromis n’est trouvé avec la direction de cette banque. Il n’y a de place à la division entre les agents des banques maliennes: nous constituons une seule famille ! Ceux qui tentent de créer des syndicats fictifs, pensant mettre fin à nos revendications, se trompent ! Nous serons unis pour défendre nos intérêts, in challah, car on ne peut comprendre que 3 à 4 personnes aient le salaire de plus de 150 salariés! ».
Daouda Sow, Secrétaire Général du comité syndical de BOA, s’est dit très ému de cette sortie massive de ses camarades et du soutien des autres syndicats de banques. « Ce geste me conforte moralement », clame-t-il. Il dira à ses camarades de ne pas céder au chantage de la direction qui aurait rencontré, le 1er mars, certains membres du syndicat afin de détruire le mouvement. « La direction a même appelé individuellement certains travailleurs pour les intimider », a affirmé M. Sow.
Après le sit-in, nous avons joint M. Sow. Il annonce qu’un compromis a été finalement trouvé entre la direction et le comité syndical. « La direction a accepté de satisfaire les 4 principaux points de revendications: le paiement du commissionnement par acte, l’application de l’article 331 de la convention collective des banques et établissements financiers, la signature de la décision de nomination de la directrice des opérations et la nomination d’un directeur des « grandes entreprises. Les négociations se poursuivront sur les 8 points de revendications restants. En attendant un accord sur ces derniers points, le comité syndical a décidé de surseoir à tout débrayage. ». Notons que la Direction a été empêchée par les travailleurs révoltés de nommer des Marocains aux postes de directeurs des opérations et des « grandes entreprises ».

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