Affaire des 27 milliards de l’UEMOA: Soumaila Cissé dans la tourmente

Dans une contribution qu’il a fait parvenir à notre rédaction, Oumar BERTE, politologue et doctorant en droit international en Normandie, traite des accusations portées par un journal sénégalais contre Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition.

La première semaine du mois de mai 2016 a été marquée par de rocambolesques révélations de la presse sénégalaise sur un présumé détournement de 27 milliards par Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition malienne, au préjudice de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). En effet, dans un article du 30 avril 2016, le quotidien sénégalais « L’observateur » titrait: « La France vient de bloquer un transfert de 27 milliards appartenant à l’ex-président de la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), Soumaïla Cissé. Une manne qui devait quitter les caisses de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour être logée dans les coffres d’ECOBANK « . Ce montant était destiné, selon le journal, à la réalisation de forages au bénéfice des populations des Etats membres de l’UEMOA. Cette révélation a suscité énormément de commentaires au Mali, au point d’éclipser les manifestations marquant la fête des travailleurs.

Réaction du RPM

Dès la publication des révélations, le RPM, parti au pouvoir, sous la plume de son secrétaire général, Bokari Tréta, bondit sur l’occasion. Dans un communiqué daté du 2 mai 2016, le RPM a demandé des « explications » au chef de file de l’opposition qui vit l’un des plus grands cauchemars de sa carrière.  Soumaïla aura du mal à se blanchir dans cette affaire. Elle peut aussi donner un nouvel élan à sa carrière politique s’il réussit à apporter les preuves d’un complot politique.

Soumaila n’a jamais manqué l’occasion d’attaquer la majorité sur sa gestion du pouvoir. Les multiples sorties de l’opposition et les ratés de la majorité ont permis à l’opposition et à son chef de file de se présenter comme la solution aux difficultés auxquels le peuple malien est confronté. Soumaïla semble représenter une menace pour la réélection du président IBK. De 2013 à nos jours, la popularité d’IBK a connu une chute qui profite largement à Soumaila, son challenger à la présidentielle 2013. Après avoir reconnu la victoire d’IBK, Soumaila l’a félicité et les images ont fait le tour du monde. Par la suite, Soumaila se fait élire député à Niafunké. Il lui est donc nécessaire de défendre son image et son honneur dans cette affaire de 27 milliards. A la fois pour son intérêt propre, pour celui de son parti et pour le peuple malien tout entier. Soumaïla Cissé a été élu en 2004 président de la Commission de l’UEMAO au nom du Mali et non de sa personne.Sa candidature à la tête de l’UEMOA a obtenu le soutien de l’Etat malien sous le régime d’Amadou Toumani Touré .

Ce que répond Soumaila Cissé

Par un droit de réponse daté du 5 mai 2016 et adressé au quotidien sénégalais L’observateur, Soumaïla a vanté les réalisations que la Commission de l’UEMOA a enregistrées lors de son passage à la tête de cette institution. Il a affirmé  l’approbation des comptes financiers de la Commission par le Conseil des ministres qui était dirigé, à l’époque, par la ministre de l’Economie du Mali, Bouaré Fily Sissoko. La réaction de Bouaré Fily Sisoko ne s’est pas fait attendre. Elle a choisi les réseaux pour répondre au chef de file de l’opposition. Sa réponse paraît très embarrassante pour Soumaïla. Elle l’enfonce.

Dans un article du 5 mai 2016, le journal malien « 22 septembre » apportait son secours à Soumaïla. Il titrait: « Le directeur de la BCEAO-Mali, Konzo Traoré, à propos des prétendus 27 milliards de Soumaïla Cissé: « Nous ne sommes pas au courant de cette opération ». Dans cet article, « 22 Septembre » a cité un commissaire sénégalais avec lequel Soumaila aurait eu des démêlés lors son passage à l’UEMAO et qui serait la source des révélations. Selon « 22 Septembre », le directeur de la BCEAO-MALI dit que sa banque n’est pas au courant de l’opération de transfert d’argent reprochée à Soumaila Cissé. Or, il n’est pas étonnant qu’une opération qui se fait au niveau de la direction générale de la BCEAO ne soit pas connue de la direction Mali de la BECEAO. Cette stratégie de dédouanement de Soumaila ne nous paraît donc pas productive. La meilleure façon pour lui de rétablir sa réputation et celui du peuple malien serait de saisir la justice du Mali ou du Sénégal pour que la vérité soit établie. La Cour de justice de la CEDEAO est aussi une précieuse institution aux mains de Soumaïla s’il doute des juridictions nationales.

Interrogations

La période choisie par le journal sénégalais pour faire ses révélations nous conduit à nous poser des interrogations. Ces révélations interviennent au moment où l’opposition accentue des actions de protestation contre IBK.En effet, depuis quelques mois, l’opposition multiplie les actions contre la politique de la majorité : interpellations de  ministres à l’Assemblée Nationale, sorties médiatiques, communiqués de presse, etc. Elle avait prévu d’organiser, le 23 avril 2016, une marche de protestation reportée à la suite d’une hospitalisation du président malien. Elle prévoit de faire la marche le 21 mai. Les relations entre l’opposition politique et la majorité se sont dégradées davantage à cause des accusations du secrétaire général du RPM contre l’opposition. Les révélations de  la presse ont-elles un lien avec la marche de l’opposition ? C’est la grande interrogation dans cette affaire. Le chef de file de l’opposition a désormais une nouvelle tâche: la justification de son bilan comptable à la tête de l’UEMOA et le rétablissement de son image ébranlée  par  les  révélations  de  L’observateur. Il n’aura peut-être plus le temps d’engager de nouvelles actions contre le pouvoir malien.

Oumar BERTE, politologue et doctorant en droit international

Catégories : ECONOMIE,MALI

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