A CAUSE DE L’ENGRAIS FRELATE: GROS RISQUES DE FAMINE AU MALI

Au cours d’un périple dans une quarantaine de villages du cercle de Koutiala, le député de SADI, Amadou Nanko Mariko, a appris les risques de famine qui pèsent sur le pays. Nous l’avons rencontré.
Dans notre parution n°299 du 26 mai 2015, nous révélions le danger qui planait sur la saison agricole 2015-2016 du fait de la vente aux paysans de centaines de tonnes d’engrais frelaté. Nos inquiétudes sont en train de se confirmer: une menace sérieuse de famine plane sur le Mali, bien qu’il ait plu abondamment. En effet, à cause de la mauvaise qualité des engrais fourgués aux paysans, les récoltes de coton et de céréales s’annoncent catastrophiques en troisième région, l’une des plus agricoles du pays. Ce triste constat a été fait par le député Amadou Nanko Mariko (photo), suite à une tournée effectuée dans plus de 40 villages du cercle de Koutiala. Elu dans à Koutiala sous les couleurs du parti SADI (mouvance présidentielle), Amadou Nanko Mariko nous a accordé un entretien à bâtons rompus où il décrit la peur et les doléances des paysans.

Ce que disent les paysans

Parti vers ses électeurs pour leur restituer les nouvelles lois votées, le député se rend vite compte que ses électeurs ont une préoccupation plus pressante: les récoltes de l’année. Ils se plaignent des malheurs générés par l’utilisation d’engrais frelatés mis à leur disposition par les pouvoirs publics. « En plus de l’engrais frelaté, les paysans mettent en cause la réélection de Bakary Togola à la tête de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture du Mali (APCAM) », note Mariko.

Engrais frélaté et risques de famine

Sur la question de la saison agricole 2015/2016, les paysans diront qu’à cause des engrais frelatés, les objectifs de production n’ont pas été atteints. Ayant contracté des prêts auprès des banques, ils ne seront pas non plus en mesure d’éponger ces dettes. Ils souhaitent donc que le gouvernement prenne « toutes ses responsabilités » pour payer ces dettes à leur place. « Sinon, nous serons obligés de nous enfuir en abandonnant nos familles car les banques sont sans pitié », se lamentent les paysans. Il est vrai, reconnaissent les pays, que si les banques n’obtiennent pas le remboursement de leur dû, elles plongeront dans une catastrophe financière.
Les paysans estiment qu’à partir de mars 2016, les prix des céréales prendront l’ascenseur car ces denrées manqueront sur le marché. Le pire pourrait arriver en juin, où la famine risque de s’installer consécutivement à la pénurie de céréales. « Nous cultivons depuis plusieurs décennies; nous connaissons les quantités nécessaires pour couvrir nos besoins et cette année, nos récoltes ne pourront pas du tout couvrir nos besoins », affirment en choeur les paysans au député. « Mes interlocuteurs se réjouissent du départ de Téréta du département de l’Agriculture; ils exigent des sanctions pénales contre tous les acteurs qui ont fauté dans cette affaire » rapporte Mariko.Qui rappelle que dans sa Déclaration de politique générale du 11 juin 2015, le Premier Ministre Modibo Kéita avait reconnu qu’une importante quantité d’engrais frelatés avait été importée et avait promis des sanctions contre les coupables.

Réélection de Bakary Togola

De la réélection de Bakary Togola à la tête de l’APCAM, les paysans rencontrés par le député se plaignent. Ils demandent la mise à l’écart de Togola et de ses affidés de la gestion du monde paysan. « Pour obtenir gain de cause, les paysans ont leur petite idée : ne pas cultiver le coton lors de la prochaine campagne tant que Bakary Togola reste président de l’APCAM », relate le député. Ce dernier commente: « La vérité est du côté des paysans et ils bénéficieront de tout le soutien du parti SADI ». Le député se fait fort de transmettre un rapport de sa tournée au Bureau Politique National du parti; suite à quoi, le parti rencontrera le ministre de l’Agriculture et le nouveau PDG de la CMDT. Le parti SADI n’exclut pas enfin d’interpeller des ministres devant le parlement au sujet des doléances paysanes.

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